Ils sont deux étudiants finissants en
théâtre au cégep Lionel Groulx et ils
ont été plongés samedi pendant
neuf heures dans l'univers du
metteur en scène de génie Robert
Lepage en assistant à la pièce
Lipsynch. Iannicko N'Doua-Légaré,
26 ans, et Julien Lemire, 22 ans, ont
été «émus, sciés en deux«, disent-ils,
et croient maintenant plus que
jamais que «tout est possible dans
notre métier. Merci à Robert
Lepage !» Que retenir de cette épopée
théâtrale de neuf heures ? Commentaires
de deux jeunes passionnés.
Cette pièce, c'est la vie qui défile
devant nous pendant neuf heures. C'est
un mariage parfait entre la technologie
et les arts. Robert Lepage est un virtuose
qui sait aussi émouvoir. Le tableau
final avec la voix de cette femme, cette
mère protectrice de son enfant vient nous
chercher totalement et émouvoir même
les plus durs, et ce, après neuf heures. Il y
a alors cette force de la maternité plus
grande que nature qui est exprimée», souligne
Julien Lemire, qui, malgré un léger
déficit d'attention, a été captivé pendant
neuf heures de théâtre, ajoute-t-il fièrement.
L'intégrale de Lipsynch, présentée avec
cinq pauses, dont une de 45 minutes, est
une expérience théâtrale unique.
Robert Lepage présente son spectacle de
cette manière : «On confond souvent voix,
parole et langage. Ce sont pourtant trois
choses fort différentes. Lipsynch explore
l'expression humaine contemporaine à
travers le sens spécifique de chacune de
ces notions et de leur interaction.»
Un voyage dans le temps
Julien Lemire retient ceci : «Lipsynch
exprime aussi cet éternel combat qu'on a
dans notre vie pour communiquer les uns
avec les autres. C'est la première fois que
je découvrais la force de Robert Lepage, je
conclus qu'il a l'intelligence des émotions
et de la sensibilité. Ce spectacle influencera
la suite de mon travail à jamais. Je sais
maintenant que tout est possible.»
Un seul bémol, l'utilisation de plusieurs
langues sous-titrées qui peut déranger le
spectateur qui ne parle que français.
Iannicko N'Doua-Légaré avait vu la
version de six heures de Lipsynch. Or, celle
de neuf heures, «encore plus mature et
raffinée», ne l'a absolument pas déçu.
«Lipsynch est un spectacle de dimension
épique. Les personnages nous sont
présentés de l'enfance à l'âge adulte.
Chaque tableau s'entremêle. On voit des
gens qui se rencontrent, des couples qui
naissent, qui se séparent. On a vraiment
l'impression d'assister à toute une vie.»
«Un marathon théâtral qui nous
pousse à aller encore plus loin»
Lipsynch peut aussi émouvoir.
«Nous avons vécu une expérience
artistique; Lipsynch c'est du théâtre
extrême, engageant. Au bout de neuf
heures, Robert Lepage réussit le tour
de force de nous émouvoir aux larmes, de
venir nous chercher totalement. La fin
est magistrale. L'émotion est palpable
dans la salle et on parle ici de spectateurs,
de monsieur et madame Tout-le-Monde,
qui découvrent ensemble une oeuvre.
Et cela, c'est magique», disent nos étudiants.
Lipsynch «nous rappelle que, oui, la
parole est inhérente à chaque personne,
mais elle n'est pas nécessairement acquise,
car si tu es coupé de tout contact
humain, tu ne la développeras pas. Pour
moi, le tableau d'ouverture est exceptionnellement
touchant avec cette voix
d'opéra racontant la rencontre de cette
femme qui adopte cet enfant mort dans
les bras de sa jeune mère de 17 ans,
en plein vol. La pièce est la quête de
l'identité. Tout le drame est véhiculé par
le chant. C'est une des rares fois où je
n'ai pas eu besoin de lire les sous-titres
tellement l'émotion m'habitait», raconte
Iannicko.
Possibilités infinies
Que retient-on de cette oeuvre de
Robert Lepage lorsqu'on est étudiant
finissant en théâtre ?
«Je suis maintenant convaincu qu'on
peut inviter des spectateurs à vivre de
véritables expériences, même celles qui
durent neuf heures. Tout le monde
prenait plaisir à participer à ce marathon
théâtral. Lipsynch est une expérience
humaine, la quête de l'héritage de tout
ce qu'on porte, de ce qu'on a en commun.
De l'héritage de nos parents, de ceux qui
nous sont proches. La pièce nous garde
tout le temps actif, tous les personnages
ont un lien, ce qui est hyperstimulant
pour le spectateur», soulignent Julien et
Iannicko.
Lipsynch aura fait rêver ces deux
étudiants finissants en théâtre et influencera
désormais leur parcours.
«Robert Lepage nous rappelle toutes les
possibilités d'une oeuvre théâtrale. Le
théâtre peut toucher, émouvoir et faire
réfléchir. Et, comme comédien, c'est
vertigineux de penser qu'on peut offrir
ainsi des performances surhumaines.
Chacun joue une dizaine de personnages.
Ça donne envie de repousser les limites de
ce qu'on est capable de faire et de ce qu'on
doit attendre de l'art et, juste pour cela,
nous disons mission accomplie»,
concluent Julien et Iannicko.
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Lipsynch est présenté du 27 février au
14 mars, les samedis et dimanches, à 13 h,
avec quatre entractes et une pause repas
au Théâtre Denise-Pelletier.