Janette Bertrand est fière de son Québec qui s'est levé contre la venue de Bertrand Cantat, condamné pour avoir porté des coups mortels à Marie Trintignant en 2003.
«Le pardon, ce n'est pas d'oublier» confiait-elle hier au Journal de Montréal.
Elle s'explique mal le geste de Wajdi Mouawad.
«Ça devait être strictement un geste de grande amitié, car quand tu fais une oeuvre dramatique, il ne faut pas que tu aies quelque chose qui distrait les gens, sinon ils ne verront que cela. Pardonner, ce n'est pas oublier. On peut pardonner par principe, mais ce n'est pas nécessaire de nous remettre le gars sous le nez.
«Selon moi, Wajdi n'avait rien à gagner si ce n'est que de témoigner son amitié à Cantat, mais il s'est buté à un mur et j'en suis fière. On ne passe plus n'importe quoi aux femmes. C'est bien ainsi. Or, elles ont dit non, elles ont crié et on a gagné».
On sait qu'après la pression du public, la direction du TNM a dû refuser la venue de Bertrand Cantat dans la pièce Des femmes de Wajdi Mouawad en mai 2012.
Lorraine Pintal
Janette Bertrand croit que Lorraine Pintal, la directrice du TNM, a été prise au piège, tout simplement.
«Wajdi lui a imposé, c'est certain. Elle ne pouvait rien faire. Mais j'ai vu avec ce non collectif,
un grand respect des femmes québécoises. Ici, battre une femme, on n'accepte plus cela. Et mieux que cela, quand on leur pile sur les pieds, les femmes crient et gagnent. Cette polémique m'a montré un visage féminin du Québec très réconfortant et rassurant. On ne se laisse plus passer n'importe quoi. Et je dis que toutes ces femmes qui ont crié et qui ne se disent pas féministes, au fond, le sont.
«On voit bien qu'elles le sont dans les faits et quand ça compte le plus. Bertrand
Cantat a tué une femme, c'est ce qu'on se souvient de lui, malheureusement. Wajdi nous a demandé une rédemption complète. Or, ce n'est pas possible. Ça ne s'oublie jamais. Battre une femme, c'est en prendre possession. Ce qui s'est passé est très sain à mon avis et m'a rendue très très fière des Québécois», a ajouté l'auteure de 86 ans qui croit que le théâtre a gagné en disant non à Bertrand Cantat.
Festival littéraire
Janette Bertrand nous a également parlé de sa participation au Festival littéraire Metropolis Bleu.
Elle fera la lecture de son livre jeunesse Ti-Boutte. Déjà, elle a vécu de belles expériences dans des écoles.
«C'est merveilleux de dire aux enfants de choisir un livre comme compagnon. Il faut leur faire prendre l'habitude très tôt. Moi, je leur demande s'ils désirent être grands et j'obtiens de merveilleuses réponses.
«Les petits garçons me disent qu'ils veulent être plus grands que les nuages, plus grands que la lune, l'atmosphère, les maisons et surtout, plus grand que papa. Alors que les petites filles déclarent aimer être petites.
«Je conclus donc que les garçons continuent d'avoir des rêves de puissance et les filles veulent juste être bien. Ainsi, les temps changent, mais les hommes
restent les hommes et les femmes sont des femmes. Donc, devant ces enfants à qui je fais la lecture, j'apprends aussi d'eux », déclare une Janette Bertrand toujours aussi passionnée de la vie.
Elle écrit un autre roman qu'elle espère terminer pour 2012, mais elle dit aimer aussi se laisser porter par le temps.
«Je ne veux plus de pression. Ce roman portera sur la vie des couples qui durent, 50% des couples divorcent, mais cela signifie que l'autre moitié reste ensemble. Comment font-ils? J'aime raconter
l'histoire de gens qui ont trouvé cette belle façon de s'aimer.»
Elle dit avoir aussi trouvé passionnant d'écrire pour les enfants avec son livre Ti-Boutte, inspiré des moments d'enfance avec son fils Martin.
«Les enfants sont vrais, passionnés, passionnants et lorsque je leur lis mon histoire, j'entends une mouche voler tellement ils sont attentifs. La lecture est très réconfortante pour eux», conclut l'auteure passionnée.
Le Festival littéraire Metropolis Bleu du 27 avril au 1er mai. Pour aller entendre Janette raconter l'histoire de Ti-boutte aux petits, voir le site metropolisbleu.org