Spectacles | Télévision

Radio-Canada

Honte à la SRC

Michelle Coudé-Lord

Michelle Coudé-Lord @

Journal de Montréal, Publié le:

Radio-Canada, la Société d'État qui reçoit plus d'un milliard de dollars du gouvernement fédéral, se cache depuis deux semaines derrière les producteurs Louis Morissette et Véronique Cloutier dans un boycottage sans précédent de plusieurs grandes publications de Quebecor en ce qui a trait à son émission la plus importante de l'année, le Bye Bye 2010.

À maintes reprises, nous avons demandé aux dirigeants de nous donner accès à de l'information sur cette importante émission. Une entrevue avec la directrice de la programmation, Louise Lantagne, nous a été refusée. La seule réponse de Radio- Canada : « nous respectons le refus de nos artisans de ne pas accorder d'entrevues », nous répondait Marc Pichette, un des grands patrons de la direction des communications de la Société d'État.

On nous référait simplement au cahier de presse de la programmation du temps des Fêtes qui n'est qu'un calendrier de plogues.

Aucun argument n'était entendu, encore moins celui de priver d'information plus d'un million de lecteurs. Nos lecteurs ne sont-ils pas des payeurs de taxes ? Rien n'y fait. Radio-Canada demeure à genoux devant son couple royal, Véronique Cloutier et Louis Morissette, grassement payé par les deniers publics, qui lui dicte aujourd'hui sa propre loi de diffusion de l'information.

De la pure vengeance...

Hier, le chat est sorti du sac. Après avoir chassé une grande partie des publications de Quebecor Media à une rencontre de presse afin que le Journal de Montréal n'ait accès à aucune information, les producteurs Louis Morissette et Véronique Cloutier ont admis que nous étions écartés de ce rendez-vous à cause de notre couverture du Bye Bye 2008, un Bye Bye pourtant condamné et par le CRTC et par le Conseil canadien des normes de la radiotélévision.

C'est ce qu'on appelle un règlement de comptes bien orchestré avec la complicité des hauts dirigeants de la SRC. Honte donc à la Société d'État qui bannit aujourd'hui le Journal de Montréal, le Journal de Québec, le 7 jours.ca qui alimente Canoe, le 24 heures et par conséquent l'agence QMI par pure vengeance.

Ce boycottage est inadmissible, car la couverture de ce Bye Bye 2008 était juste et équitable. Nous avons fait tout simplement notre travail d'informer et d'analyser.

Ce Bye Bye fut le plus contesté de l'histoire. Radio-Canada a admis ses erreurs, les producteurs se sont même excusés publiquement lors d'une conférence de presse.

Lorsqu'on fait une parodie en se servant de la victime de son père pédophile reconnu par la Cour, on peut, oui, blesser des gens et être obligés de faire des excuses publiques. On se souviendra que le sketch sur Nathalie Simard était tout à fait déplacé et en a choqué plusieurs.

Où est le diffuseur public ?

Qu'un producteur veuille se venger contre un média parce qu'il l'a critiqué est déplorable, ce qui est condamnable c'est la complicité de la SRC qui prive ici une large partie de la population de l'information relative à une émission importante, payée avec les taxes des citoyens canadiens.

Encore une fois, Radio-Canada ne se comporte pas en radiodiffuseur public et se fait dicter sa loi de diffusion par un producteur privé qui pénalise les médias qui ne l'encensent pas.

Pour expliquer ses ratés du Bye Bye 2008, M. Sylvain Lafrance, le vice-président principal de Radio-Canada, indiquait « nous prenons acte des erreurs et cet exemple illustre à quel point Radio-Canada doit être au diapason de ses téléspectateurs et ne ménager aucun effort pour remplir cette responsabilité de façon juste et transparente, dans le respect de la liberté d'expression et des sensibilités du public. »

Hier, la Société d'État, de connivence avec Louis Morissette et Véronique Cloutier, a dit non à la liberté d'expression en réglant des comptes cavalièrement.

C'est désolant et extrêmement déplorable. C'est ainsi qu'hier, dans un hôtel montréalais, un producteur privé recevait « ses amis journalistes » avec la complicité de Radio-Canada.