Opinion
L'immense pouvoir de Centraide
Je sais, je devrais parler de corruption, de collusion, de construction et de démissions. Je l'ai réclamée pour la première fois en février 2009, cette commission d'enquête, et l'ai répété plusieurs fois depuis. Mais là, j'en ai ras-le-bol !
J'ai envie de parler d'une autre chose moins spectaculaire, mais pas moins importante: quatre organismes communautaires qui avaient réussi à se faire une place honorable dans le grand cirque médiatique et qui ont été «flushés» par Centraide, il y a une semaine exactement.
Les hauts dirigeants de Centraide devaient rire dans leur barbe d'être tombés sur une pareille semaine. J'ai bien vu la brillante Dre Dominique Synnott, au nom d'OMPAC, et le grand Dr Réjean Thomas, au nom de la Maison d'Hérelle, et d'autres encore qui sont venus crier leur indignation face à un virage de Centraide qu'ils trouvent injuste. Je les ai bien vus et entendus, ne serait-ce que 10 secondes à RDI ou dans un articulet dans le journal du lendemain. Mais le jour même, le maire Vaillancourt, Gérard Deltell et tous les autres sont venus faire dérailler une conférence de presse qui aurait dû avoir des suites. C'est comme ça, les médias. À moins d'être une bombe à neutrons comme ce fut le cas toute la semaine dernière, la nouvelle du matin n'est même plus dans les bulletins de fin de soirée.
Alors, bien modestement, je vais leur donner une deuxième chance.
La machine Centraide
Centraide est une machine très puissante. Gare à quiconque tente de s'y attaquer. Tout le gotha des affaires est derrière. Centraide a récemment accouché d'un nouveau plan stratégique, laissant de côté la santé pour se concentrer sur la lutte contre la pauvreté, particulièrement chez les jeunes.
Outre le fait que des maladies comme le VIH et le cancer constituent un facteur de pauvreté évident pour les parents comme pour les enfants qui en sont directement ou indirectement atteints - et Centraide devrait le reconnaître -, c'est sa manière de faire, brutale et sans appel, qui me fait dire que, peut-être, Centraide a trop de pouvoir en 2010.
Je l'ai constaté de visu lorsque j'ai fait une démarche de bonne foi au nom d'OMPAC auprès de la haute direction de Centraide. Les personnes rencontrées étaient d'une intransigeance de fer et d'une franchise douteuse à mon égard. Une langue de bois digne du Politburo, je vous dis! Je leur fais une faveur en ne les nommant pas explicitement.
Une autre approche ?
Historiquement, les organismes largués par Centraide l'étaient pour cause d'incompétence. C'est la première fois qu'une quinzaine d'organismes communautaires sont «flushés» parce que, soi-disant, ils n'entrent plus dans le plan stratégique. Cent pour cent du budget alloué en 2010, 75% en 2011, 50% en 2012, 25% en 2013 et ensuite, basta! Ne pourrait-on pas y aller par attrition, plutôt? Pourquoi condamner à une mort quasi certaine des organismes performants et qui répondent à un besoin réel? Certains organismes sont tellement terrorisés par Centraide qu'ils n'ont pas voulu sortir publiquement de peur de représailles (se faire couper les trois dernières années)!
Il ne s'agit pas de sommes astronomiques: 96 000$ par année dans le cas d'OMPAC. Et dire que Centraide reçoit des millions des travailleurs de la santé chaque année...
Centraide jouit de plein de privilèges formels et informels. Elle a aussi des responsabilités importantes envers les organismes qu'elle soutient. Elle n'a pas de contre-pouvoir. Il est peut-être temps qu'elle en ait un.
En ce qui concerne les organismes visés, Centraide doit se raviser et faire preuve d'un peu plus de compassion.