Chronique

Coup de massue

CA_JosephFacal

Joseph Facal @

Journal de Montréal, Publié le:

Étant toujours en Europe, je suis aux premières loges pour assister à un événement historique : la perte par un pays développé de sa souveraineté nationale.

Le gouvernement d'Athènes ne l'admettra jamais, mais c'est bien de cela qu'il s'agit, du moins pour un temps. L'Union européenne et le FMI prêteront à la Grèce, au cours des trois prochaines années, 110 milliards d'euros à 5 % d'intérêt. C'est le plus gros sauvetage financier consenti à un pays en temps de paix de toute l'Histoire.

L'Europe s'y est résolue parce qu'il s'agit de sauver le projet commun autant que la Grèce elle-même. En contrepartie, le gouvernement Papandreou a promis de mettre en place des réductions de dépenses de 35 milliards d'euros sur les trois prochaines années.

Pour vous donner une idée plus concrète, comparons-nous à eux en arrondissant grossièrement.

Imaginez

La Grèce compte 11,2 millions d'habitants et le Québec en a 7,8. Son PIB global est de 340 milliards et le nôtre est d'environ 250 milliards. Par habitant et en tenant compte du pouvoir d'achat, c'est autour de 29 500 $ US pour eux et 32 000 $ pour nous. Les ordres de grandeur ne sont pas si différents.

Faisons des règles de trois rudimentaires, juste pour jaser. Si vous mettez l'euro à 1,40 dollar canadien, réalisez-vous ce que c'est que de comprimer les dépenses publiques de 25 milliards de dollars en trois ans pour une population plus grosse que la nôtre d'un tiers et moins riche de 10 % par personne ?

Autres chiffres

La taxe de vente passera à 23 %. Personne n'aura de pension de retraite publique avant 60 ans. Il faudra avoir travaillé 40 ans dans le secteur public et non plus 35 pour avoir la pleine retraite. Cette dernière sera calculée sur toutes les années de contribution et non plus seulement sur les meilleures. Les pensions actuelles ne seront pas indexées pendant trois ans.

Les impôts seront évidemment augmentés. La hausse du prix des alcools fera même réfléchir les alcooliques. Tout le monde s'entend : à court terme, les choses iront encore plus mal, avant de remonter, au mieux, dans quatre ou cinq ans. Le pire est que la Banque centrale européenne avertit que cela risque de ne pas suffire.

Chaos

Nikos, chirurgien dans un hôpital d'État, calcule qu'il devra repousser sa retraite de cinq ans. Lui et sa femme perdront, croit-il, des revenus annuels combinés de 20 000 dollars, sans compter la hausse des prix. Dimitri, retraité après 35 ans à l'emploi de l'Aviation civile, pense qu'il devra quitter Athènes et retourner vivre dans son village d'origine.

Par contre, Yorgos, cadre dans une chaîne hôtelière, se réjouit de pouvoir désormais congédier plus facilement des incompétents jusqu'ici protégés par un marché du travail extraordinairement rigide. Cependant, quels touristes, dit-il, auront envie de visiter un pays qui s'installe dans la grève générale et le chaos social pour l'avenir prévisible ?

Le gouvernement devra maintenant faire avaler la pilule à ses concitoyens. Il dispose de la majorité parlementaire pour adopter les décrets requis. Mais la vraie opposition est désormais dans la rue et promet une lutte à finir. Ne me demandez pas comment ça va finir.