La chronique de Richard Martineau

C'est pas moi c'est lui

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Richard Martineau

Journal de Montréal, Publié le:

C'est pas moi c'est lui

«La liberté implique la responsabilité», disait l'écrivain George Bernard Shaw.

On devrait inscrire cette phrase sur les plaques d'immatriculation.

Car le sens des responsabilités est une valeur en voie d'extinction.

On blâme toujours les autres pour nos erreurs, nos faiblesses, nos mauvaises décisions.

LES DÉBOIRES D'UN TAPON

Cette semaine, le San Jose Mercury News racontait qu'un Californien avait décidé de poursuivre son institution financière car celle-ci lui avait accordé une hypothèque qu'il n'avait pas les moyens de payer!

Le gars travaillait comme disquaire.

(Entre vous et moi, s'il y a un boulot qui est sur le point de disparaître, à l'ère des iPod et de iTunes, c'est bien disquaire! Être disquaire en 2010, c'est comme être palefrenier en 1908, quand la première automobile est sortie des usines Ford. Tes jours sont comptés. Pas besoin d'avoir un MBA pour le comprendre.)

Bref, le gars travaillait comme disquaire, et il s'est acheté une maison de 815 000$, avec quatre chambres à coucher et une piscine creusée. Y a rien de trop beau pour la classe ouvrière!

LA FAUTE AU BANQUIER

Mais est arrivé ce qui devait bien arriver à l'ère du téléchargement: l'homme a perdu son boulot. Pour payer son hypothèque, il a dû livrer du pain la nuit. Il n'arrivait plus à faire ses paiements.

Il a donc embauché un avocat (à 3000$ par mois) afin de poursuivre sa banque, sous prétexte qu'aucune institution financière ne devrait pas prêter 800 000$ à un gars qui travaille dans un magasin de disques.

Jamais il ne lui est passé par la tête qu'aucun disquaire ne devrait demander une hypothèque de 800 000$!

Pour lui, le seul responsable de ses déboires est son banquier.

L'ÉTAT PROTECTEUR

C'est comme les histoires de joueurs compulsifs qui se suicident après avoir flambé leurs économies dans les casinos.

C'est triste, c'est déchirant, mais ce n'est quand même pas la faute du casino si tu as décidé de jouer ta maison!

Va-t-on fermer tous les bars et toutes les succursales de la SAQ sous prétexte que des alcoolos sont incapables de s'empêcher de boire comme des trous?

C'est ce que prônaient les prohibitionnistes dans les années 20: l'État doit protéger les alcooliques d'eux-mêmes.

On connaît le résultat de cette décision: les gens ont continué à boire, les criminels se sont organisés pour répondre à la demande et maintenant, la mafia est partout et on n'est plus capable de s'en débarrasser.

Pourquoi demander aux autres de NOUS protéger quand c'est NOUS qui avons un problème?

UNE GROSSESSE DE DIX ANS

Un petit mot en terminant sur le ministre de la Santé.

Le 31 mai 2009, le ministre Yves Bolduc a promis aux couples infertiles du Québec que le programme destiné à rembourser les traitements de fécondation in vitro serait en vigueur à l'automne 2009.

Or, le gouvernement annonce maintenant que ce programme ne sera pleinement en vigueur que dans dix ans!

«Le dossier est extrêmement complexe», explique le ministre pour justifier ce retard.

D'accord, on comprend.

Mais pourquoi lancer des promesses en l'air et dire que tout va être réglé dans quatre mois quand on sait fort bien qu'il y a loin de la «croupe au lièvre», comme dirait Jean Perron?