Le jour de l'oubli

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Richard Martineau

Journal de Montréal, Publié le:

Jean-Pierre Blackburn, le ministre des Anciens Combattants, ne mâche pas ses mots.

Cette semaine, il a dit que «la cérémonie de commémoration fait moins partie de la culture des Québécois» que de celle des autres Canadiens.

Pas facile d'entendre ça, surtout quand notre devise est «Je me souviens».

Mais vous savez quoi ? Monsieur Blackburn a entièrement raison.

Traître à la nation

Il y a quelques mois, je vous ai parlé d'un livre extraordinaire sur la participation des Québécois à la Deuxième Guerre: Ils ont écrit la guerre (VLB éditeur), de Sébastien Vincent.

Or, avant de publier cet ouvrage, ce jeune historien avait écrit un autre livre, tout aussi passionnant: Laissés dans l'ombre, toujours chez VLB.

Dans cet essai, Sébastien Vincent, à travers les témoignages émouvants de 14 anciens combattants, nous raconte la vie quotidienne des Québécois qui ont décidé de s'engager VOLONTAIREMENT dans l'armée canadienne pour combattre les nazis.

Il nous montre à quel point ces hommes courageux étaient «regardés de travers» par leurs compatriotes.

Imaginez: s'engager de façon volontaire dans l'armée canadienne! Accepter d'aller se battre pour la Couronne britannique! Sous le commandement de militaires anglophones qui ne parlaient pas un mot de français!

Tout ça était mal vu par les Québécois...

Dans l'ombre de l'histoire

"Le discours nationaliste décolonisateur marginalise l'armée, symbole par excellence d'une institution anglophone et anglicisante, aux traditions et aux allégeances britanniques, écrit Sébastien Vincent.

«Les historiens québécois ont négligé la question militaire. Par exemple, le deuxième tome de Histoire du Québec contemporain, un ouvrage de 740 pages, consacre huit lignes aux opérations militaires.»

De dire Jacques Dupuis, qui était capitaine au 4e Régiment d'artillerie moyenne:

"Je pense que le peu de place que les anciens combattants occupent dans la mémoire des Québécois s'explique par le fait que les générations suivant la mienne ont considéré que toute participation à une guerre était en étroite relation avec l'Angleterre et avec notre passé de conquis. C'est un vieux ressentiment à l'égard de l'Angleterre.

«Je ne veux pas être reconnu en tant que héros. Tout ce que je souhaite, c'est que les anciens combattants ne soient plus dépréciés. Les volontaires n'étaient à la solde de personne. Je suis peiné d'entendre de tels propos...»

Une image peu glorieuse

À force de se faire répéter que les Québécois étaient contre la guerre et contre la conscription, on a fini par développer une image biaisée (et, disons-le, pas toujours glorieuse) de nos ancêtres.

Ils étaient égoïstes, se foutaient complètement de ce qui se passait en Europe, n'avaient aucun sens du devoir et du sacrifice...

Or, c'est faux. De nombreux Québécois se sont engagés volontairement dans l'armée. Malheureusement, on en parle très peu.

On préfère véhiculer la sempiternelle image du Québécois isolationniste, peureux et individualiste, refermé sur sa culture et insensible à la souffrance des autres peuples.

Vive les déserteurs !

"Certains nationalistes canadiens-français ont soutenu que les vrais héros étaient les déserteurs, car ils ont refusé de joindre les rangs d'une armée majoritairement anglophone et soumise à la volonté impérialiste de l'Angleterre, écrit Vincent.

«C'est ainsi que nos combattants volontaires ont été marginalisés dès leur retour dans la province.»

Le temps est venu de leur lever notre chapeau. Et de saluer leur courage.