Canadien

Combien de croyants maintenant ?

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Stéphane Alarie

Journal de Montréal, Publié le:

Il y a des scènes qui nous restent parfois longtemps en mémoire. Celle-là s'est passée plus tôt cette saison à Ottawa, début décembre en fait, où le Canadien venait d'arracher sa seule victoire de la saison contre les Sénateurs.

Un gain de 4-1 acquis grâce, entre autres, à une brillante performance de Jaroslav Halak et un jeu de puissance opportuniste. Tiens, tiens, voilà qui a un air de déjà-vu après le match de lundi dernier, n'est-ce pas ?

Mais revenons à Ottawa : au moment de quitter la galerie de presse, journalistes et membres de l'état-major du Canadien s'engouffrent dans un ascenseur tandis que les partisans des deux clans délaissent lentement les gradins. Parmi le groupe, le directeur-général de l'équipe à l'époque, Bob Gainey.

«En Bob nous croyons !», avait alors hurlé un fan du Tricolore, visiblement un peu éméché, en apercevant Gainey sur le bord de la porte de l'ascenseur, tout juste avant que celle-ci ne se referme.

Bob, le pince-sans-rire

Fidèle à lui-même et un brin pince sans rire, Bob Gainey n'avait esquissé qu'un très léger sourire, puis soufflé : «Au moins, ça en fait un...».

La boutade avait provoqué une cascade de rires dans l'ascenseur. La scène m'est revenue à l'esprit après la victoire du Tricolore qui égalait la série contre les Capitals, lundi soir au Centre Bell.

Bien sûr, à l'aube du match ultime, rien n'est encore dans la poche. C'est évident, devant la troupe de tirailleurs menée par Alex Ovechkin. Et pourtant, qu'importe le résultat de la rencontre de ce soir, plusieurs amateurs montréalais vont désormais garder un meilleur souvenir de ce petit club concocté à coups de millions l'été dernier.

Car, si plusieurs se plaisent encore à le critiquer, il faudra aussi reconnaître que Bob Gainey - le 15e directeur général dans l'histoire du club - n'a pas fait que des mauvais choix avant de tirer sa révérence en février. Cette équipe, revampée du tout au tout après s'être misérablement écroulée la saison dernière, a cette fois su se battre plus que dignement grâce à un vestiaire à l'ambiance assainie.

Debout, les leaders

Et si on fait exception de Halak, qui d'autre charrie maintenant l'équipe dans cette série ? Qui montre du chien ? Ceux-là même que Bob Gainey a embauchés en juillet dernier en assurant être allé chercher des gars de caractère.

Peinant à retrouver sa touche autour du filet adverse en fin de saison après avoir soigné sa blessure au genou, Mike Cammalleri a débloqué à temps pour les séries : il mène le club avec cinq buts et dix points en six rencontres. C'est un de plus que Ovechkin et Nicklas Backstrom.

Brian Gionta - un petit qui joue comme un gros, avait-on dit à la signature de son contrat - s'affiche comme un leader inspirant, qui ne craint jamais d'aller là où ça brasse.

Scott Gomez, surnommé en dérision l'homme de 8M$, n'a pas récolté des points à la tonne, mais il a fait un bon boulot pour mener les siens au front. Il a même jeté les gants devant Tom Poti, à qui il concède un bon quatre pouces. D'accord, ce n'était sans doute pas la meilleure décision, mais ça témoigne quand même d'un désir certain de gagner.

Même le robuste Travis Moen, qui n'a certes pas épaté la galerie en multipliant les coups d'épaules cette saison, a trouvé le moyen de procurer une victoire capitale au Canadien en marquant le quatrième but gagnant de sa carrière en séries.

Le mur à la ligne bleu

À la ligne bleue, le géant Hal Gill, un moment la tête-de- Turc des partisans cet hiver, est soudainement devenu un modèle d'efficacité en défensive quand la cloche des séries a sonné. À ses côtés, Josh Gorges (une autre acquisition de Gainey, soit dit en passant) est désormais rendu indispensable. La paire a eu son gros mot à dire dans les déboires du jeu de puissance des Capitals.