Il y a des scènes qui nous
restent parfois longtemps en
mémoire. Celle-là s'est passée
plus tôt cette saison à
Ottawa, début décembre en
fait, où le Canadien venait
d'arracher sa seule victoire
de la saison contre les
Sénateurs.
Un gain de 4-1 acquis grâce,
entre autres, à une brillante
performance de Jaroslav
Halak et un jeu de puissance
opportuniste. Tiens, tiens,
voilà qui a un air de déjà-vu
après le match de lundi dernier,
n'est-ce pas ?
Mais revenons à Ottawa :
au moment de quitter la galerie
de presse, journalistes
et membres de l'état-major
du Canadien s'engouffrent
dans un ascenseur tandis
que les partisans des deux
clans délaissent lentement
les gradins. Parmi le groupe,
le directeur-général de
l'équipe à l'époque, Bob Gainey.
«En Bob nous croyons !»,
avait alors hurlé un fan
du Tricolore, visiblement
un peu éméché, en apercevant
Gainey sur le bord de
la porte de l'ascenseur, tout
juste avant que celle-ci ne
se referme.
Bob, le pince-sans-rire
Fidèle à lui-même et un
brin pince sans rire, Bob
Gainey n'avait esquissé
qu'un très léger sourire,
puis soufflé : «Au moins, ça
en fait un...».
La boutade avait provoqué
une cascade de rires
dans l'ascenseur. La scène
m'est revenue à l'esprit
après la victoire du Tricolore
qui égalait la série contre
les Capitals, lundi soir au
Centre Bell.
Bien sûr, à l'aube du match
ultime, rien n'est encore
dans la poche. C'est évident,
devant la troupe de tirailleurs
menée par Alex
Ovechkin. Et pourtant,
qu'importe le résultat de la
rencontre de ce soir, plusieurs
amateurs montréalais
vont désormais garder
un meilleur souvenir de ce
petit club concocté à coups
de millions l'été dernier.
Car, si plusieurs se plaisent
encore à le critiquer, il
faudra aussi reconnaître
que Bob Gainey - le 15e directeur
général dans l'histoire
du club - n'a pas fait
que des mauvais choix
avant de tirer sa révérence
en février. Cette équipe, revampée
du tout au tout
après s'être misérablement
écroulée la saison dernière,
a cette fois su se battre plus
que dignement grâce à un
vestiaire à l'ambiance
assainie.
Debout, les leaders
Et si on fait exception de
Halak, qui d'autre charrie
maintenant l'équipe dans
cette série ? Qui montre du
chien ? Ceux-là même que
Bob Gainey a embauchés en
juillet dernier en assurant
être allé chercher des gars
de caractère.
Peinant à retrouver sa
touche autour du filet adverse
en fin de saison après
avoir soigné sa blessure au
genou, Mike Cammalleri a
débloqué à temps pour les
séries : il mène le club avec
cinq buts et dix points en
six rencontres. C'est un de
plus que Ovechkin et Nicklas
Backstrom.
Brian Gionta - un petit
qui joue comme un gros,
avait-on dit à la signature de
son contrat - s'affiche comme
un leader inspirant, qui
ne craint jamais d'aller là
où ça brasse.
Scott Gomez, surnommé
en dérision l'homme de
8M$, n'a pas récolté des
points à la tonne, mais il a
fait un bon boulot pour mener
les siens au front. Il a
même jeté les gants devant
Tom Poti, à qui il concède
un bon quatre pouces. D'accord,
ce n'était sans doute
pas la meilleure décision,
mais ça témoigne quand même
d'un désir certain de
gagner.
Même le robuste Travis
Moen, qui n'a certes pas
épaté la galerie en multipliant
les coups d'épaules
cette saison, a trouvé le
moyen de procurer une victoire
capitale au Canadien
en marquant le quatrième
but gagnant de sa carrière
en séries.
Le mur à la ligne bleu
À la ligne bleue, le géant
Hal Gill, un moment la tête-de-
Turc des partisans cet
hiver, est soudainement devenu
un modèle d'efficacité
en défensive quand la
cloche des séries a sonné. À
ses côtés, Josh Gorges (une
autre acquisition de Gainey,
soit dit en passant) est
désormais rendu indispensable.
La paire a eu son
gros mot à dire dans les déboires
du jeu de puissance
des Capitals.