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Le Québec
de Fred Pellerin

Au cours des 15 dernières années, Fred Pellerin a visité toutes les régions du Québec avec ses spectacles de contes. Pour sa nouvelle mini-tournée musicale, Le Journal a demandé à l’artiste de raconter quelques anecdotes sur certaines villes qu’il visitera lors des prochains mois.

Shawinigan
20-21 février

«C’est la ville de mon adolescence, où je suis allé à l’école secondaire et au cégep.

Toutes mes premières fois, je les ai vécues à Shawinigan.

Sur cette tournée-là, c’est aussi la ville de ma première expérience parce qu’on a bâti le spectacle en résidence au Centre des arts de Shawinigan. On a pratiqué nos tounes dans le chalet qu’on avait loué tous les musiciens ensemble et après, on est rentré au théâtre à Shawinigan où ils ont placé les éclairages et la conception sonore.»

Montréal
25-26 février

«Je viens beaucoup à Montréal. Mon dernier séjour, c’était pour les spectacles avec l’OSM. J’étais resté huit ou neuf jours. Je suis toujours au même hôtel, au Hyatt. Autant je suis un voyageur, parce que je suis obligé de le faire, mais quand je peux me “baser” quelque part, j’aime bien ça.

J’aime manger au comptoir à la Brasserie T et au café du TNM. Ce sont mes routines.

Je ne touche pas à mon char.»

Saint-jean-sur-richelieu
2-3 mars

«Des fois en tournée, quand on est plusieurs jours dans le même théâtre et que c’est loin, on ne revient pas coucher à la maison. Mon équipe, on se trouvait plate de ne rien faire dans les chambres d’hôtel. On s’organisait alors des parties de hockey sur une patinoire. À Saint-Jean, on a joué avec le diffuseur de la salle. On l’a rentré dans la bande. Il est allé à l’hôpital et il ne peut plus jouer au hockey. Il a une blessure au bas du corps.»

Québec
17-18-19 mars

«J’y vais moins souvent qu’à Montréal. J’ai beaucoup d’amis là-bas que j’ai moins l’occasion de voir. Je me fais un calendrier de rencontres étoffé quand j’y vais.

Il y a aussi une vie artistique et culturelle hallucinante là-bas quand tu mets le doigt dedans.

Les professeurs du cégep Garneau en ­littérature, ce sont eux qui nous font les ateliers de littérature à Saint-Élie.»

Thetford Mines
26 mars

«On avait mangé là-bas dans un petit resto avec quatre tables pour deux personnes. La décoration était très weird avec une ­ambiance tamisée. La serveuse nous avait dit que le cuisinier du restaurant avait déjà été le cuisinier du roi d’un pays du Moyen-Orient. Donc on avait mangé le carré d’agneau.»

Victoriaville
8 avril

«C’est le nouveau théâtre au Québec. Il vient d’être bâti. Ils l’ont bien pensé. Il a sa place pour des expositions.

C’est un magnifique théâtre.

Victo, dans les villes de cette taille-là, il n’y avait pas de théâtre avant. Tu n’allais pas jouer là. Il y avait un cinéma où ils enlevaient l’écran pour les spectacles. Ce n’était pas bon pour la technique.»

Rivière-du-Loup
12 mai

«C’est là qu’on a “volé” notre premier boulanger du village. Celui qui a parti la boulangerie à Saint-Élie, qui n’est plus celui qui l’opère maintenant, il venait de Rivière-du-Loup. Il avait une petite boulangerie là-bas et on l’a “volé” pour l’amener à Saint-Élie. Je sais qu’il y a des gens de Rivière-du-Loup qui nous en ont voulu un bout de temps. Pour me faire pardonner quand je retourne dans cette ville, j’amène du pain! (rires)»

Rimouski
13-14 mai

«Quand ils ont bâti leur nouveau théâtre, ils ont mis des trappes dans le plafond pour les incendies. Mais au début, la résistance de ces trappes avait mal été évaluée.

Le soir où je jouais, il y avait un orage. Un coup de tonnerre a fait ouvrir une trappe. C’était celle qui était au-dessus de moi.

Dans mon spectacle, je racontais un moment de grande sécheresse. Et il mouillait juste sur moi! Je pensais que c’était un tuyau de plomberie qui avait pété. Il y a trois ou quatre techniciens du théâtre qui ont passé le reste de la soirée couchés sur la trappe pour ne pas qu’elle rouvre.»

Chicoutimi
25-26 mai

«Souvent là-bas, ça brasse. Les gens du Saguenay sont des fêteux. Un soir, après mon spectacle, on s’était retrouvés dans une micro-brasserie. Le groupe de la place avait fini de jouer, mais leurs instruments étaient toujours sur la scène. Avec mes musiciens, on a décidé de continuer le spectacle!»

«Guide touristique»
à Saint-Élie-de-Caxton

Fred Pellerin est tellement attaché à Saint-Élie-de-Caxton qu’il a aidé les gens du village à concevoir une visite guidée. Après une ­première version créée il y a presque dix ans, le conteur en a conçu une nouvelle, en 2014.

«J’ai fait une visite d’été et une d’hiver. Celle ­d’hiver, c’est un conte avec toutes les capsules qui se suivent. Ce sont des chapitres d’une histoire avec des arrangements sonores. Les gens peuvent faire la visite dans un petit tracteur ou à pied.»

Le conteur a mis le village de 2000 âmes sur la carte il y a une dizaine d’années. L’an dernier, ce sont pas moins de 60 000 touristes qui sont venus voir Saint-Élie-de-Caxton.

Combien y avait-il de visiteurs avant cette «explosion touristique»? «Il y en avait 30 ou 40 par année, répond Fred en riant. C’était un tourisme très modeste. Les gens venaient pour la station touristique Floribell. Il y a aussi le Sacacomie qui n’est pas loin et les pourvoiries du lac Blanc. Le Caxton lui-même n’était pas considéré comme un attrait. Aujourd’hui, il est un attrait majeur en Mauricie.»

En avance sur son temps

Malgré les nombreux visiteurs, Fred Pellerin est heureux de voir que son Saint-Élie chéri n’a pas changé. «À cause de la faune locale, le village est beau, impliqué, ­positionné, socialement engagé, en avance sur son temps. On a les bornes pour les chars ­électriques. Je pense qu’on en a plus que la Ville de Montréal!»

Il assure ne pas être nostalgique du Saint-Élie d’antan, qui n’était pas une attraction touristique. «Le village a pris une belle courbe. Ce succès-là aurait pu se traduire en chiffres et en création de restaurants avec commande à ­l’auto. Mais ce n’est pas ce qui s’est passé. On ne s’est pas oublié. On continue de penser que c’est un milieu de vie avant d’être un attrait touristique.»

«Le fonds fou»

Avec le travail qu’il a conçu pour les visites guidées, Fred Pellerin a décidé de verser son cachet de droits d’auteur dans un fonds qu’il appelle «le fonds fou». «Je réinjecte la ­totalité de ces montants-là pour le village, dit-il. Ça peut servir pour acheter des patins à un petit garçon, une trompette à un autre.»

Régulièrement, le conteur organise des ­«microévénements secrets» avec une ­quarantaine de participants. «L’autre fois, j’ai organisé une soirée littéraire. J’ai acheté des romans érotico sombres. Les gens avaient un mois pour le lire. Ensuite, on allait tous dans un grand chalet. Un professeur nous faisait un atelier littéraire sur le genre érotique et ça se poursuivait avec un spectacle de ­burlesque.»

Fred Pellerin dans une soirée littéraire ­«érotico burlesque»... Le conteur ne cessera de nous surprendre.