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Le bagarreur de l’humour

Humoriste engagé et conscientisé, Guillaume Wagner se sert souvent des réseaux sociaux pour donner son opinion sur plusieurs sujets variés. Après une session de photos dans un gym d’entraînement de boxe, Le Journal a demandé au comique de 32 ans de donner quelques punches sur l’environnement, la politique, l’austérité, les médias et le showbiz québécois.

Photos Le Journal de Montréal, Chantal Poirier
Guillaume Wagner s’entraîne à l’occasion au Underdog Boxing Gym, sur la rue Sainte-Catherine.

Guillaume Wagner dans un gym de boxe? De prime abord, le lieu peut sembler inusité, car l’humoriste n’a pas les apparences d’un boxeur poids lourd. Mais depuis quelque temps, il s’adonne à l’entraînement de ce sport qu’il aime bien. «Ça me défoule, dit-il. J’aime le feeling d’un entraînement de boxe. Tu ne peux pas abandonner.»

Amateur de lutte dans son enfance, Guillaume Wagner s’est tourné vers la boxe le jour où il s’est rendu compte que la lutte n’était peut-être pas aussi réelle qu’il le croyait. «Les lutteurs, c’étaient mes super-héros à moi. Mais quand j’ai réalisé que c’était arrangé, j’avais besoin de quelque chose de vrai.»

À l’âge de 13 ans, porté par les prouesses d’Arturo Gatti et Oscar De La Hoya, il est devenu un passionné de boxe. Et cette passion le suit toujours aujourd’hui.

Tel un boxeur, Le Journal a demandé à Guillaume Wagner de tirer à gauche et à droite sur différents thèmes qui le font réagir.

Les Gens indésirables

«Sur internet, les gens indésirables, je les bloque, maintenant. Je n’ai pas de temps à perdre. Avant ça, je passais beaucoup de temps à leur répondre. Des commentaires négatifs en personne, j’ai dû en avoir quatre dans ma vie. Alors que sur internet, c’est probablement au-dessus de 1000.» «Depuis que je bloque les gens, ça se filtre tout seul, les indésirables. Avant ça, je ne voulais pas les bloquer sur ma page Facebook, car je prônais la liberté d’expression. Mais c’est moi qui décide. Venir m’insulter sur ma page, c’est comme si je t’invitais dans mon salon et que tu lançais des affaires par terre.»

L’austérité

«C’est un peu indécent quand les gens qui font en sorte que ça va mal te disent qu’il faudrait que tu te serres la ceinture. Euh, c’est toi qui m’as baissé les culottes, je n’ai plus de ceinture! C’est fascinant qu’ils nous imposent un système où l’on s’endette et il faudrait que l’on règle ça par nous-mêmes après.»

«Juste de dire qu’on est en période d’austérité, on se tire dans le pied et ça ne fait qu’empirer la situation. Il faut plutôt stimuler l’économie.»

«Mais on ne peut pas avoir une croissance économique infinie. Je ne sais pas quelle est la solution, mais je pense qu’à la base, ça ne fonctionne pas. J’ai l’impression qu’on «patche» à l’infini de quoi qui ne fonctionne pas tant.»

L’environnement

«Ce qui me fait le plus rire, c’est un climato-sceptique (une personne qui ne croit pas aux changements climatiques). Quelqu’un qui n’a pas de connaissances sur le sujet et qui est contre le consensus scientifique.»

«Je pense que les gens en général font leur petite vie. Le problème, ce ne sont pas les gens, mais les actions faites par le gouvernement. Stephen Harper est entouré de gens qui sont climato-sceptiques. C’est assez ridicule.»

«J’ai réalisé que les gens que je connais qui sont probablement les plus verts, ce sont mes parents. Ils n’ont aucune conscience sociale, ils sont zéro écologiques. Mais mon père met le même linge depuis 20 ans, ils ont une vieille télé cathodique et encore une ligne dure téléphonique. Ce sont les gens les plus verts que je connais, mais ils n’en ont rien à foutre!»

Les médias

«J’ai souvent fait des blagues sur plusieurs médias, dont Le Journal de Montréal. Je comprends la job des médias, mais des fois, le besoin de vendre de la copie, de faire de la nouvelle, c’est au détriment de ladite nouvelle. Les médias sont mal pris, à quelque part. Ils n’ont pas le choix, car ils doivent sortir un journal. On voit alors souvent des trucs qui sont montés en épingle. Dans une société normale, le Téléjournal durerait cinq minutes certains jours et 45 minutes d’autres fois. Je comprends la job et je trouverais probablement ça difficile si je travaillais là-dedans. Mais mon travail est d’en rire, de taquiner les médias. C’est une cible.

Et j’en ai besoin aussi, totalement.»

La rivalité Québec-Montréal

«Je trouve que ça s’est envenimé, récemment. À Québec, ils ont eu plein de succès, avec le 400e, le Festival d’été et leur amphithéâtre. On aurait pu penser que cette source de fierté aurait un peu apaisé leur espèce d’insécurité et de complexe d’infériorité. Mais on dirait que ç’a plutôt donné une confiance qui a rendu certaines personnes encore plus arrogantes. C’est donc un couteau à double tranchant. Je sens qu’on va dévier vers de quoi d’encore plus confrontant. Et si les Nordiques reviennent, ça va être intense. Mais ça va être drôle.»

«Mon parrain jouait pour les Nordiques (Michel Goulet), alors oui je voudrais qu’ils reviennent. Je suis un fan des Blackhawks, mais je crois que cette année, je vais vraiment regarder le Canadien et prendre pour eux. Ils ont vraiment une belle équipe que je trouve excitante. J’ai le goût de prendre pour eux.»

La politique

«Je suis assez désabusé. Comment c’est fait en ce moment, je trouve ça inutile. C’est comme la lutte, tout est arrangé, il n’y a rien de vrai. Pour moi, ce n’est pas une démocratie d’élire des maîtres tous les quatre ans et ne pas avoir un mot à dire entre chaque élection. On choisit qui va prendre toutes les décisions et cette personne n’a aucun compte à rendre. C’est absurde.»

«Le système dans lequel on vit, je n’y crois pas beaucoup. On voit que ça ne fonctionne pas, que ce sont des gens qui servent leurs intérêts, leurs amis.»

«En 2012, on a eu le plus gros rassemblement de gens dans la rue (avec le printemps érable) et ça n’a rien changé. Depuis ce temps-là, j’y crois plus ou moins.»

Le showbiz québécois

Je vois vraiment des ego démesurés là-dedans. C’est facile de te prendre au sérieux dans le showbiz, de penser que t’es vraiment important. Tu te fais tout le temps donner de l’attention, de l’amour, de l’approbation des gens.»

«Les médecins, quand ils se couchent le soir, ils ne se demandent pas à quoi ils servent. Moi, quand je me couche, je me dis que je fais rire les gens et je me demande parfois si c’est vraiment si important. On divertit les gens, ç’a une valeur, mais il y a une limite. Si tu te mets à croire que c’est vraiment important ce que tu fais... t’animes un quiz! On ne sauve vraiment pas des vies.»

«J’ai développé des troubles à cause du showbiz. J’ai été narcissique, égocentrique. Il a vraiment fallu que je le réalise, j’ai lu des livres là-dessus, j’ai été consulter. C’est super dangereux, toxique. Ça s’ingère en toi, ça s’imprègne dans ton cerveau sans que tu t’en rendes compte.

«C’est très tabou dans le showbiz, en ce moment. On ne parle pas beaucoup de ça, mais il y a des gens qui ont des problèmes sérieux de narcissisme. Peu importe ce qui se passe, tout est par rapport à eux, tout gravite autour d’eux. Les politiciens ont ce problème-là, les gens du showbiz aussi.»

«Ça prend une personnalité forte pour aller sur scène et dire aux gens: «taisez-vous, c’est moi qui parle». La ligne entre ça et «flipper» pour devenir un peu fou est mince. J’en vois plein qui ont «flippé». Environ 70 % des gens qui sont au top dans le showbiz ont ce trouble-là.»

Les féministes

«J’ai appris récemment que je ne pouvais pas être féministe. Je peux être plutôt «pro-féministe», car ce n’est pas mon combat à moi. Je peux seulement être allié. Ce n’est pas faux. Ce combat-là, je ne le vis pas à tous les jours.»

«Les Femen, je n’ai aucun problème avec ça. Je trouve ça génial. Si j’étais une femme, c’est sûr que je serais une Femen. Je montrerai mes seins et je ferais des doigts d’honneur à tout le monde. Je les trouve «badass». J’adore ça! J’aime leur côté guerrières.»