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Le dernier bastion hippie L'hôtel mythique a hébergé les plus grands : Dylan, Hendrix, Morrison, Piaf, Joplin, Cohen...

Gorgés d'œuvres d'art, les murs du Chelsea Hotel renferment de somptueux appartements où résident plusieurs personnalités.
© Photo Marie-Joëlle Parent Gorgés d'œuvres d'art, les murs du Chelsea Hotel renferment de somptueux appartements où résident plusieurs personnalités.

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NEW YORK | « I remember you well in the Chelsea Hotel », chantait Leonard Cohen dans les années 60 en hommage au célèbre immeuble où il a flirté avec Janis Joplin et écrit ses plus grands succès. Visite guidée dans la dernière bulle bohème de New York.

On franchit la porte et on découvre un monde qui s'est arrêté à une autre époque. Le mot excentrique n'est pas assez fort pour résumer la scène. Il y a des chiens partout, des résidants aux lunettes rondes qui ressemblent à Bob Dylan, des mamies multicolores en scooter électrique, des œuvres d'arts criardes sur tous les murs et des employés aussi vieux que les meubles. Bienvenue dans le dernier bastion hippie de New York!

Depuis 127 ans, l'hôtel à l'architecture victorienne gothique situé sur la 23e Rue est le repaire des poètes, des peintres et des punks. Tous y sont passés, de Bob Dylan à Jimi Hendrix en passant par Jim Morrison, Édith Piaf, Joni Mitchell, Jean-Paul Sartre, Arthur Miller, Stanley Kubrick, The Ramones et Leonard Cohen. Rufus Wainwright a habité vis-à-vis la lettre E de l'enseigne, sa chambre étant constamment inondée de lumière rouge.

Jerry Weinstein est la mascotte des lieux. Il est derrière le comptoir de la réception depuis plus de 30 ans. Il en a vu de toutes les couleurs. Des locataires qui hébergent singes et serpents au suicide dans la cage d'escalier en passant par le meurtre sordide de Nancy Spungen, assassinée par son copain des Sex Pistols, Sid Vicious. Elle a été retrouvée poignardée dans son bain en 1978. Lui est mort d'une overdose d'héroïne peu de temps après. La chambre numéro 100 a été détruite depuis.

Auberge de jeunesse

Le Chelsea Hotel a été construit en 1882. C'était la première coopérative de New York et le bâtiment le plus haut de la ville à l'époque. En 1905, il a été converti en partie en hôtel, faute de résidants. Les larges corridors et les toilettes communes sur certains étages donnent des airs d'auberge de jeunesse aux lieux.

Ce sont sans doute les murs épais qui ont attiré artistes et musiciens. Le dernier étage ne comprend que des studios d'artiste à cause de la hauteur des plafonds. Stanley Bard, propriétaire dans les années 60, y a aussi contribué. Il était connu pour héberger gratuitement plusieurs artistes en échange de toiles. Il leur laissait une liberté totale. En a découlé une importante collection, il y en a même dans la cage d'escalier.

Sur les 250 chambres, on ne compte plus que 90 résidants permanents. Ils se font rares et vieillissants. Ils paient de 300 $ US à 8 000 $ US de loyer par mois. Les nouveaux propriétaires ont décidé de ne plus accepter de nouveaux locataires. Louer des chambres à la journée est beaucoup plus payant.

« Dans les années 70-80, c'était difficile de vivre ici, mais je me suis toujours sentie en sécurité au Chelsea. Le voisin d'en face était une drag queen; pour mes filles, c'était normal! » explique Man Laï, mère à la tête d'une famille monoparentale et agent d'artistes qui y vit depuis 29 ans.

Impossible de manquer la colorée Bettina sur sa chaise électrique remplie de sacs. La peintre recluse et une des plus anciennes résidantes du Chelsea. Son appartement est si encombré qu'elle préfère errer dans les corridors. Au 303, la coiffeuse de Julia Roberts reçoit ses clients. Au huitième, une éditrice de Vogue élève ses trois enfants.

Trésor au sommet

Mais le véritable trésor caché du Chelsea se trouve au sommet de l'hôtel. Certains locataires habitent dans des greniers reconvertis en appartements avec terrasse, seulement accessibles par le toit. Chacun a son jardin avec vue imprenable sur la ville. Un petit paradis caché, tout de fleurs et de fer forgé.

Sam Bessett, photographe, artiste, documentariste et nouvelle recrue du Chelsea y habite depuis deux ans. Son espace est rempli d'écrans MAC.

« C'est l'endroit parfait pour créer, c'est un joyau d'architecture, on peut échanger avec les autres artistes, cet endroit est unique au monde », conclut l'artiste au coco recouvert de tresses françaises.

Bonne nouvelle pour ceux qui voudraient goûter à une tranche d'authenticité new-yorkaise, l'hôtel offre maintenant de rares tours guidés (www.hotelchelsea.com). On entre même dans les appartements des résidants.

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