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Marqués à jamais

Andrew Bouda, un médecin de Toronto exilé à New-York depuis 10 ans, est revenu à Groud Zero pour la première fois.
Photo Le Journal Andrew Bouda, un médecin de Toronto exilé à New-York depuis 10 ans, est revenu à Groud Zero pour la première fois.

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Ils ont pensé quitter New York, mais ont tous décidé de rester. Les émotions sont encore à fleur de peau pour les Canadiens qui habitaient à quelques coins de rue du World Trade Center le 11 septembre 2001. Ils ont vécu l'horreur et vu la mort de près. Huit ans plus tard, le spectre du terrorisme s'est dissipé, mais leur ville tarde à se reconstruire et ne sera plus jamais la même.

«La ville et ses gens ont perdu leur innocence». C'est le constat d'Andrew Bouda, médecin de Toronto, exilé à New York depuis 10 ans. C'est aussi celui de plusieurs New Yorkais d'origine canadienne qui étaient aux premières loges en ce mardi matin fatidique.

Andrew a tout vu depuis le toit de son immeuble, situé à quelques coins de rue. Les corps qui se jetaient par les fenêtres, les tours s'effondrer sous ses yeux. «Je ne vais jamais oublier. J'ai pensé que la ville au complet allait partir en fumée, que j'allais mourir».

«Aujourd'hui, les New-Yorkais ont regagné leurs quartiers, mais l'enthousiasme et ce qui faisait vibrer la ville, avant le 11 septembre ont disparu. Les New-Yorkais sont plus sur leurs gardes, plus prudents et plus sérieux en ce qui concerne leur ville. C'est la première fois qu'il revient sur les lieux. La mine est basse, les émotions refont surface.

Comme plusieurs New Yorkais, Andrew Buda évite Ground Zero. Trop douloureux, même huit ans plus tard. La reconstruction tarde, ce qui en exaspère plus d'un. «Tout le monde veut tourner la page», dit-il.

«Ne pas oublier»

Adam Bergman, lui, revient à Ground Zero, même si les images de ce jour hantent encore ses rêves. Ce Montréalais de 34 ans en était à sa première semaine de travail dans un cabinet d'avocat.

Il a décidé de déménager près du site. «J'ai toujours le même feeling huit ans après. Un immense sentiment de tragédie, mais c'est important de revenir, il ne faut pas oublier» dit-il, tout en regardant les grues s'animer dans le ciel au-dessus de l'immense trou.

Joanne Corno, peintre québécoise qui habite New York depuis 19 ans, a beaucoup appris des New Yorkais depuis. «Tout le monde a songé à partir à cause de l'horreur et de l'impact sur l'économie, mais j'ai soudainement compris pourquoi les Américains réussissaient, ils ne s'apitoient pas sur leur sort, tout le monde s'est retroussé les manches, j'ai aimé cette attitude».

Traces

Même si la plupart disent se sentir en sécurité à New York, les attaques ont tout de même laissé des traces. «L'adrénaline monte plus facilement, tu as les yeux plus ouverts, tu recherches des signes quand tu entends des sirènes, tu ne peux t'empêcher de penser au pire, je me demande tout de suite où est ma fille», confie Daniel Laporte, architecte québécois, à New York depuis 11 ans. Le premier avion a raflé le toit de son immeuble. Il devait amener sa mère manger au sommet du World Trade Center ce jour-là.

La tragédie a consolidé leur attachement pour la ville et changé leur relation par rapport aux Etats-Unis.

«Je suis tombé encore plus amoureux de New York, tout le monde s'est tenu les coudes, les gens sont courageux, je savais que ça deviendrait la place la plus safe aux Etats-Unis», dit Daniel Laporte.

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