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Les Québécois dans le rouge

Le secteur public a besoin de la concurrence du privé

Le privé a fait une percée timide dans les
soins de santé depuis quelques années,
sous haute surveillance des syndicats,
comme ici, à la clinique Rockland MD à
Ville Mont-Royal.
© PHOTO D'ARCHIVES Le privé a fait une percée timide dans les soins de santé depuis quelques années, sous haute surveillance des syndicats, comme ici, à la clinique Rockland MD à Ville Mont-Royal.

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«Vous savez tous que dans les grands hôpitaux du Québec, on compte des dizaines d'unités d'accréditation syndicale. Nous allons revoir l'organisation du travail. Le réseau de la santé et des services sociaux s'ouvrira aux partenariats, avec les cliniques privées, par exemple. On y fera notamment des opérations mineures sans frais pour les patients. Le réseau s'ouvrira aussi à la sous-traitance.»

Qui a déjà dit ça ?

Ceux qui ont répondu Jean Charest ont une bonne mémoire, car cette citation provient de son discours inaugural du 4 juin 2003.

Il aurait été aussi possible de croire qu'il s'agissait d'une citation de l'économiste Marcel Boyer, car celui-ci estime aujourd'hui que le Québec pourrait facilement économiser un milliard de dollars par année (et faire exploser notre thermomètre à moyen terme) simplement en faisant intervenir la concurrence du secteur privé dans les services publics.

Selon lui, cela améliorerait la productivité dans plusieurs secteurs d'activités comme le transport en commun, l'éducation et bien évidemment la santé.

«Une bonne dose de concurrence permettrait de redonner au système ses repères en matière de soins de qualité à moindre coût. C'est en ayant recours à des systèmes mixtes, où le privé et le public collaborent et se concurrencent dans le giron commun d'un régime universel d'assurance maladie, que plusieurs sociétés sociales-démocrates, telles la France, la Suède et bien d'autres, arrivent à être mieux desservies que la nôtre en soins de santé», écrit-il.

Loin du Texas

Marcel Boyer aime citer l'exemple de la France. "La France, dit-il, ce n'est pas le Texas! lance-t-il aux farouches opposants qui veulent associer ce type d'idées à celles de la droite et des conservateurs texans.

Parmi ces opposants, se trouvent bien entendu les syndicats. «Avoir les meilleurs services publics possibles au plus bas coût possible est plus important que de protéger la job de quiconque», écrit-il.

«En France, ajoute-t-il, c'est 40 % des établissements de santé avec capacité d'hospitalisation qui sont exploités par des entreprises à but lucratif, soit 21 % des lits du pays.»

Le Québec doit trouver une solution à l'explosion des coûts de la santé qu'on constate déjà et qui ne cessera pas avec le vieillissement de la population.

Transport en commun

Personne ne semble trop savoir comment augmenter la productivité des fonctionnaires, qui n'ont eux-mêmes pas de grille de comparaison pour évaluer leur performance. Chose certaine, la formule des bonis à la performance ne semble pas donner des résultats extraordinaires non plus et n'est guère prisée par les contribuables, si on en juge par les nombreux courriels à ce sujet que nous avons reçus depuis une semaine.

L'OPINION DES ÉCONOMISTES

Q Vous aimez utiliser l'exemple de la France, pourquoi ?

R Sans être à l'abri de toute critique, le système français obtient de meilleurs résultats que le nôtre sur plusieurs plans (files d'attente, taux de décès évitables dus à des soins de santé déficients, espérance de vie à 65 ans, mortalité infantile et taux de satisfaction de la population) et ce, malgré une population d'aînés proportionnellement plus importante et des dépenses de santé plus faible en pourcentage du PIB. La concurrence, même feutrée, amène les établissements à innover pour améliorer la qualité de leurs services et limiter leurs coûts. La croissance annuelle des dépenses réelles de santé a été de 2,3 % en France par rapport à 5,1 % au Québec entre 1995 et 2005.

Q Et vous utilisez aussi l'exemple de la Suède pour le transport en commun ?

R Des pays sociaux-démocrates comme la France, le Danemark et la Suède ont ainsi bénéficié de réductions substantielles dans les coûts d'exploitation. À Stockholm, l'exploitation du métro, des autobus et des trains de banlieue a été mise en concurrence dès 1993. La gestion déléguée a permis des économies de coûts de 110 millions d'euros par année pour la société de transport en commun. Parallèlement, la part de marché du transport en commun a augmenté et le taux d'utilisation, mesuré en déplacements complets, a augmenté de 13,8 % entre 1993 et 2005.

Q Dès qu'il en est question ici, nous assistons à une levée de boucliers. Pourquoi ?

R Les opposants à la mise en concurrence la voient souvent comme une stratégie affairiste pour déloger les fournisseurs actuels de services publics syndiqués de l'État, et à les remplacer par d'autres fournisseurs issus du secteur privé, dont les employés seraient payés à rabais. C'est là une caricature. La mise en concurrence vise plutôt à ériger l'intérêt du citoyen, en sa qualité d'usager d'un service public et de contribuable, clairement au dessus de celui du fournisseur dudit service.

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