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Vol 1549 - Un an après

Des passagers se souviennent

Chesley Sullenberger, un héros, est le pilote de ligne qui a réussi à faire amerrir son
Airbus A320 sans encombre sur les eaux du fleuve Hudson.
© COURTOISIE Chesley Sullenberger, un héros, est le pilote de ligne qui a réussi à faire amerrir son Airbus A320 sans encombre sur les eaux du fleuve Hudson.

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NewYork | À 15h29, ilyaunan, ils étaient prêts à mourir. À 15 h 31, la vie leur a donné une seconde chance. Que sont devenus les survivants du vol 1549 ? Rencontre avec les miraculés du fleuve Hudson et celui à qui ils doivent la vie, Chesley Sullenberger.

À voir le nombre de mains posées sur le costume bleu de Chesley Sullenberger, on se demande comment il fait pour rester si calme. À 58 ans, celui qu'on surnomme «Sully» semble bien gérer son nouveau statut de vedette. «C'est comme dans n'importe quoi : on devient meilleur avec la pratique. Je considère que ça fait partie de mon nouveau boulot», répond-il sur le tapis rouge de Brace for Impact, un nouveau documentaire de TLC sur le Miracle du fleuve Hudson.

Sullenberger attire comme un aimant. Des admirateurs lui tapent dans le dos. On veut une photo avec lui. On lui donne des cadeaux. «Les gens qui m'abordent sont vraiment gentils. J'apprécie chaque instant», dit-il avec le même calme avec lequel il avait lancé le fameux «Nous allons dans la Hudson». «Sully» est un homme de peu de mots. La modestie sur pattes. Pendant ce temps, sa femme attend patiemment à ses côtés.

Des vies changées

La ville de New York a désigné le 15 janvier comme la journée «Célébrez le miracle». Cet après-midi, les passagers vont monter à bord du premier transbordeur qui les avait secourus. À 15 h 31 précisément le pilote Sullenberger va lever son verre. On a choisi pour l'occasion de la vodka Grey Goose, un clin d'oeil aux fameuses bernaches canadiennes qui ont heurté les deux moteurs. Pour Sullenberger, il ne s'agit de rien de moins qu'une célébration. «La célébration d'un excellent dénouement».

Pour les 155 passagers qui ont survécu, la vie n'a plus été la même. Certains ont changé d'emploi, comme cette passagère devenue bénévole pour la Croix-Rouge. Des couples se sont formés parmi les survivants. Des enfants sont nés. «Je n'ai jamais connu de liens aussi forts avec une autre personne. Nous nous parlons tous les jours. C'est devenu quelque chose de très cathartique», confie Denise Lockie, de Charlotte, en Caroline du Nord. Elle fut une des premières à sortir de l'avion.

Elle se souvient avoir ouvert les yeux après l'impact et demandé à son voisin : «Sommes-nous au Paradis?» «Non, nous ne sommes pas au Paradis, et nous devons sortir de cet avion». Denise s'en est tirée avec des bleus sur les bras et jambes. «J'étais prête à mourir.»

Elle a recommencé à voler depuis, mais l'expérience demeure douloureuse. «Si les conditions météo sont bonnes, je n'ai pas à prendre de calmants», dit-elle. «Mais le simple fait de garer ma voiture à l'aéroport provoque de l'anxiété. Je suis aux aguets du moindre détail, et je ne prends plus de petits avions, depuis ce temps».

«Ma vie a repris son cours normal depuis de nombreux mois», répond du tac au tac Sullenberger quand on lui demande s'il a conservé une petite crainte à la suite de l'accident. «En fait, j'ai peine à croire que cela fait déjà si longtemps. J'ai encore l'impression que c'est arrivé hier», dit-il.

Traumatismes

Un an plus tard, Jeff Kolodjay, 32 ans, fait encore des cauchemars à propos de l'accident. La vision d'un gros oiseau lui rappelle l'accident. «La première fois que j'ai repris l'avion, j'ai trouvé ça extrêmement difficile. Je réagissais de façon disproportionnée au moindre petit détail. Mon avion a traversé des turbulences lors d'un vol en rentrant de Chicago, récemment, et mon voisin a dit: "J'espère que le pilote est aussi bon que Sully". Ça m'a fait sourire. Si seulement il savait.»

Denise voit un psychologue depuis un an pour essayer de se souvenir de moments qui échappent encore à sa mémoire à cause du traumatisme. À quoi pense-t-on quand on sait qu'on va mourir? «J'ai pensé à ma famille, à mes amis, à ma maison à Charlotte, et je me suis dit que j'aurais vraiment dû faire mon lit ce matin-là! On a toutes sortes de pensées bizarres.»

«C'est fou comme le cerveau est capable de gérer une quantité impressionnante d'informations, raconte Jeff, qui occupait le siège 22A avec cinq membres de sa famille pour leur voyage de golf annuel. J'ai pensé à ma femme qui était enceinte, je me suis dit que je voulais être un bon père, mais j'ai également pensé que c'est moi qui avais organisé ce voyage!»

Le moment le plus effrayant demeure la descente vers le fleuve Hudson. «Je me souviens avoir regardé par le hublot et je pouvais voir les gens dans leurs voitures sur le West Side Highway. Ça confirmait qu'on allait mourir. Je pensais que le siège d'en avant allait me couper en deux. On arrivait à 240 km/h. J'ai pris une grande respiration pour survivre sous l'eau», raconte Jeff. «J'étais convaincu que l'avion allait se désintégrer et que nous allions couler», dit son cousin Jim, du Massachusetts.

Ce qui a changé chez eux? «Je ne laisse plus aucune place à l'énergie négative dans ma vie, et j'évite les conflits» dit Jeff. «Je suis devenu beaucoup plus sensible et anxieux. Mais cet événement m'a aussi donné beaucoup d'espoir. Tout en moi a changé», dit Denise, qui préfère ne pas commenter sur la façon dont US Airways les a dédommagés par la suite. Ils ont chacun reçu 5 000 $ en compensation. «Ils ont aussi offert à chaque passager un surclassement automatique pendant un an», précise Jeff.

À la fin de la projection du documentaire, la salle est demeurée en silence, encore sous le choc après ce qu'on venait de voir. Sullenberger a alors dit cette phrase : «C'était très bien. Vraiment spécial».

Un homme avec peu de mots, mais les bons.

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