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Le lac Victoria, la perche du Nil et la jacinthe d'eau

Le lac Victoria, la perche du Nil et la jacinthe d'eau
© Journal de Montréal

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La perche d'abord: Pourquoi parler de ce poisson?

C'est qu'il fait l'objet d'une controverse et que la controverse permet d'aller au fond des choses. Elle fut lancée par un film, Le cauchemar de Darwin, qui fut rangé dans la catégorie documentaire, mais que les scientifiques spécialistes du lac Victoria dénoncèrent et dénoncent encore.

Le cinéaste voulait illustrer les méfaits de la mondialisation. Ce fut donc un témoignage à charge et il fallut des contre-enquêtes pour amener l'opinion à plus d'objectivité. Ce n'est pas un documentaire rigoureux et il est préférable de prendre des renseignements auprès des scientifiques: biologistes et écologues. Il n'est jamais trop tard pour informer d'autres réalités que les thèses développées dans le film. Les écrits de Didier Paugy et Christian Lévêque, tous deux écologues, ont le grand mérite de rétablir des vérités. Avec eux, on peut être assuré que les problèmes du lac Victoria sont antérieurs à l'introduction de la perche du Nil. Vieux de 500 000 ans, ce lac a connu des fluctuations pour ce qui est de sa surface et de ses hôtes.

UN POISSON PRÉDATEUR

La pêche est la forme d'exploitation qui a fait se raréfier, au siècle dernier, les espèces locales, source de nourriture pour les populations riveraines. Certaines espèces disparurent complètement. L'emploi des filets maillants remplaçant les méthodes anciennes en fut responsable. Et c'est au milieu du siècle dernier que furent introduits des tilapias non endémiques, puis la perche du Nil. Il s'agissait cette fois d'un poisson prédateur, le plus gros d'Afrique continentale.

La pêche fut rentable et permit aux pêcheurs de subvenir aux besoins de leur famille. Mais d'autres espèces endémiques disparurent à leur tour et la perche fut mise en accusation. Comme elle servait surtout à l'exportation, elle permit d'accuser les importateurs des pays européens. Le film alla jusqu'à relier cette pêche au trafic des armes.

Pour qui prend en compte l'économie locale, elle fut stimulée par ces ventes de perches du Nil. Cette espèce se mit à proliférer et ses prises permirent d'assurer une vie décente aux populations demeurant autour du lac Victoria...

Si la perche élimina des espèces, celles-ci étaient cependant déjà au seuil de l'extinction à cause de la pêche de subsistance locale. En outre, le lac souffre d'une eutrophisation croissante. Les causes sont extérieures. Le lac est tributaire des activités des populations riveraines. Aucun écosystème n'est indépendant des voisins. La déforestation des terres pour implanter des cultures peu à peu devenues intensives... et polluantes, des industries ne le sont pas moins, l'augmentation des populations humaines accroît les problèmes, car la pollution gagne le lac...

Résultat l'enrichissement des eaux favorise la prolifération des végétaux.

La jacinthe d'eau, dont l'invasion malmène main-tenant le lac, n'a pas suscité de film catastrophe. Et pourtant... Elle gêne considérablement la navigation sur le lac, affecte la pénétration de la lumière et renforce l'eutrophisation. Le lac n'avait pas besoin de ce problème supplémentaire.

PARADOXE

Comment un lac en si mauvais état arrive-t-il à produire 500 000 tonnes de poissons,et ce, malgré la présence de la perche du Nil?

Christian Lévêque et Didier Paugy parlent de paradoxe, car avant l'introduction de cette espèce la production n'atteignait que 100 000 tonnes...

Autre bonne nouvelle: là où il y a surpêche de la perche, des espèces locales réapparaissent.

Dans la réalité, rien n'est simple.

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