/opinion/blogs/columnists
Navigation

Une étrange affaire

Coup d'oeil sur cet article

Je me suis toujours moqué de ceux qui voient partout de sombres complots. Je laisserai donc parler les faits que rapporte l’excellente revue espagnole XLSemanal. Vous jugerez.

On se souvient tous de scènes disgracieuses, il y a quelques mois, lors de la campagne de vaccination contre le virus H1N1 au Québec. La peur rendait certaines personnes franchement idiotes.

Ici, en Espagne, zéro panique, mais on s’est sérieusement demandé s’il fallait retarder le début de l’année scolaire ou s’interdire d’aller dans les stades de soccer.

Nous en sommes à 13 000 morts dans le monde entier. C’est l’une des grippes les plus bénignes depuis que les statistiques existent, dit l’épidémiologue Marc Lipsitch de l’Université Harvard. La grippe «ordinaire» tue habituellement entre 250 000 et un demi-million de personnes chaque année.

Les pays qui ont acheté des quantités massives de vaccins ne savent plus quoi en faire. L’Espagne a acheté 37 millions de doses, mais on n’a vacciné que 3 millions de personnes. Elle voudrait conserver 13 millions de doses, revendre une partie de son stock à la Pologne et à la Bulgarie, et donner le reste aux pays pauvres. Elle doit 420 millions de dollars aux compagnies pharmaceutiques.

La France a cru l’OMS qui lui disait qu’il faudrait sans doute vacciner chaque personne deux fois. Elle a donc acheté 94 millions de doses en juillet 2009. Coût de la facture : un milliard et demi de dollars. Elle veut aujourd’hui refiler une partie de son stock à l’Égypte, au Mexique et à l’Ukraine.

La firme Morgan Stanley estime que les trois principaux fabricants du vaccin – GlaxoSmithKline, Sanofi-Pasteur et Novartis – empocheront respectivement 4 milliards de dollars, 1,2 milliards et 650 millions. Les ventes mondiales de Tamiflu ont dépassé les 1,6 milliards de dollars en un an, bien que le British Medical Journal, dont la crédibilité est immense, mettait encore en doute son efficacité le mois dernier.

Ce n’est pas la première fois que l’apocalypse annoncée ne survient pas. Les prévisions les plus pessimistes de l’OMS sur la grippe aviaire (vous vous en souvenez ?) avançaient qu’elle ferait jusqu’à 150 millions de morts, c’est-à-dire plus que toutes les pestes du Moyen-âge réunies. Bilan à l’heure actuelle : 282 morts dans le monde entier.

La maladie de la vache folle, elle, fait à peine une quinzaine de victimes par année. Dans le cas du virus H1N1, il n’y avait que mille personnes infectées au Mexique et l’on parlait déjà de la «pandémie du siècle».

Comprenons-nous bien. Les virus existent, peuvent tuer, et il est du devoir des autorités sanitaires d’être prêtes. Pour autant que je puisse en juger, dans les deux cas que je connais un peu, celui du Québec et celui de l’Espagne, elles firent leur travail de façon globalement adéquate malgré des ratés.

Il s’agit plutôt de s’interroger sur cet écart immense et systématique entre les apocalypses planétaires annoncées par l’OMS et la réalité. Figurez-vous que des journalistes se sont mis à enquêter et que des politiciens commencent à s’en mêler. Un nom revient constamment.

Ce nom, c’est celui du docteur néerlandais Albert Osterhaus, vétérinaire et virologue de formation. Véritable star aux Pays-Bas et dans les milieux spécialisés dans ces questions, on le surnomme le «Docteur grippe». On lui doit l’identification d’une bonne vingtaine de microorganismes pathogènes.

En 2003, Osterhaus fut le premier à identifier le virus responsable du SRAS, qui fit 900 morts en un clin d’œil et repartit aussi subitement qu’il était arrivé. Il passa ensuite à la grippe aviaire, puis au virus H1N1. Il s’intéresserait maintenant à la varicelle.

À chaque fois, son discours est le même. Le virus pourrait muter et tuer massivement. Il faut donc des mesures drastiques : vaccinons tout le monde, pas seulement les groupes à risque. Le problème est qu’aucune de ses prédictions apocalyptiques ne s’est réalisée.

On lui reproche surtout une stratégie qu’il semble déployer en deux temps : déguisé en sauveur de l’humanité, il crie d’abord au loup, et il s’enrichit ensuite à partir des liens qu’il entretient avec les compagnies qui fabriquent les vaccins que lui-même recommande.

La chaîne de télévision hollandaise VPRO révélait récemment que le docteur Osterhaus est en effet l’actionnaire majoritaire de ViroClinics, une entreprise de biotechnologie à laquelle le géant pharmaceutique GSK donna le contrat de développer le vaccin pour la grippe H1N1.

Il aurait, allègue-t-on, largement profité de l’achat de 34 millions de doses du vaccin par le ministère néerlandais de la Santé, dont le responsable politique était à l’époque Ab Klink, un de ses amis. Osterhaus répond que les profits furent versés à une fondation, que son rôle fut de présenter au ministre divers scénarios, et que c’est le gouvernement qui opta pour le scénario du pire.

La directrice générale de l’OMS, Margaret Chan, fit ensuite passer le niveau d’alerte au seuil maximal sur la base des recommandations d’un groupe de conseillers dont faisait partie Osterhaus. Mais ce dernier préside aussi le Groupe européen de travail scientifique sur la grippe (ESWI en anglais), qui est financé par les principales entreprises de fabrication des vaccins : GSK, Sanofi-Pasteur, Novartis, Baxter et Roche. Comme de raison, le ESWI recommandait de vacciner le monde entier.

Le parlement des Pays-Bas a ouvert une enquête pour conflit d’intérêts et malversation de fonds. Une loi a aussi été adoptée pour forcer les scientifiques à dévoiler les intérêts financiers qu’ils ont dans des entreprises privées.

Cette semaine, la commission de la santé du Conseil de l’Europe entreprend une enquête pour déterminer si la décision de l’OMS de décréter une pandémie ne fut pas manipulée par des intérêts économiques. Critiquée de toutes parts, l’OMS a elle-même chargée un groupe d’experts indépendants de faire la lumière.

Je répète qu’il ne faut pas prendre à la légère les questions de santé publique. Je note seulement qu’année après année, on nous prédit des apocalypses qui ne se réalisent jamais. C’est comme si toute une industrie souhaitait vraiment que le ciel nous tombe sur la tête.

7 commentaire(s)

RenéP. dit :
21 février 2010 à 10 h 00 min

Bien sûr qu'il ne faut pas voir des complots en toutes circonstances douteuses mais il ne faut pas les exclure non plus, n'est-ce pas? Dans ce cas-ci, je trouve qu'il y a de fortes présomptions et compte tenu que nous vivons dans un système capitaliste dont la base est l'exploitation, il est assez facile de croire à un complot.

Gilles dit :
21 février 2010 à 12 h 55 min

Savez vous que ça me fait penser à cette petite phrase que l'on attribue à Talleyrand disant : «il faut agiter le peuple avant de s'en servir».

On dirait que la recette est employée à toutes sortes de sauces. Notamment pour la guerre. Rappelons-nous l'argumentaire du gouvernement Bush des armes de destructions massives pour s'engager dans le renversement de Saddam.

J'ai revu (réentendu) le discours de Villepin et de Powell à l'Onu. Et les applaudissements après l'intervention de Villepin, fait rarrissime parait-il. Et finalement ce n'est pas la raison qui a prévalu mais la peur.

Et par la suite d'une manière générale dans la guerre au terrorisme, dont on peut croire que la puissance américaine a utilisé sans doute des groupes formés artificiellement sur lesquels on peut mettre des images.

Et maintenant le spectre d'une pandémie, dont même nos dites autorités affirmaient de façon certaine que nous savons qu'elle se manifestera mais nous ne savons pas quand donc.... vaccinons toutes les populations.

René a raison sans doute de dire qu'il ne faut pas voir de complot dans toutes circonstances. Mais encore faut-il être capable de discerner les vrais complots, car il en existe, avant qu'ils ne soient mis en oeuvre.

Et si la pandémie s'était effectivement manifestée et que personne n'avait bougé à temps ?

Ce qui est dramatique dans tout ça c'est que je doute fort que même en présence d'une véritable malversation, les vrais responsables ne soient jamais identifis. Et puisque cela se passe dans le grand monde, les vrais coupables n'auront jamais à assumer les conséquences de leurs gestes.

Pourquoi la population est-elle de plus en plus cynique face aux décisions des pouvoirs en place ? Je mettrais un vieux deux piastres en papier sur le fait que la prochaine fois, quand le loup sera vraiment dans la bergerie, les gens conclueront qu'il ne s'agit que du petit chien de laine de monsieur Daunais...

Robert Lachance dit :
21 février 2010 à 13 h 07 min

Personnellement, je ne me suis pas fait vacciner. C'est pas parce que j'ai été moins habile que d'autres dans les réservations et les files d'attente.

J'aime pas les "piquures", terriblement. Comme vous, j'"intuitionnais" un attentat autrement terroriste. On n'arrête pas le progrès où qu'il nous mène. Il se charge de lui-même. Voyez les bonbonnes à ozone et les sacs de plastique. On peut quand même lui botter le cul pour limiter les dégâts et ça prends des débats, pas des ébats.

À RenéP. Le capitalisme détient-il la palme, la médaille d'or en ces temps olympiques du froid, de l'exploitation ? Essentiellement, c'est quoi le capitalisme ? Le recours à l'intérêt plutôt qu'à celui de l'autorité ?

Normand ajoindre dit :
21 février 2010 à 14 h 56 min

Bonjour Monsieur Facal,

Le commerce de l'assurance repose sur ce principe, la peur, c'est payant.

Pour vendre, le client doit avoir un besoin. C'est-à-dire en ressentir un, qu'il soit basé sur le réel ou l'hypothétique.

Je ne décrierai jamais l'esprit d'entreprise et le principe de l'investissement en vue de revenus. Par ailleurs, je suis méfiant vis-à-vis les commerces qui nous ciblent comme clients, mais qui passent par les services gouvernementaux pour effectuer leurs ventes.

Nous connaissons tous ce scientifique (PhD), expert dans le développement de la cellule qui s'est intéressé au lien entre les produits alimentaires et leurs impacts sur la santé. Celui-ci fait fortune présentement dans l'édition de livres de recettes. Bravo, je l'admire pour plusieurs raisons et je suis content qu'il soit récompensé à même un grand succès commercial. Si j'achète son livre, je paierai de ma poche.

Dans le cas des fabricants de vaccins, ici, au Canada, de par la nature de notre système de santé, c'est le gouvernement qui paie.

Les ministres sont responsables des conséquences des services dans leur ministère. On ne peut pas leur reprocher des initiatives pour aider la population. Advenant des conséquences fâcheuses, on établirera leur culpabilité quand on pourra démontrer les liens avec une forme de négligence ou de manque de prévoyance. Si l'ambulance accuse un délai et que l'accidenté décède, on procède de cette façon pour intenter des poursuites. Alors, ainsi, pendant la période de vaccination, le ministre disait "Ça coûtera ce que ça coûtera, c'est la santé des gens qui est prioritaire". Avait-il le choix ? Pensez-vous qu'il aurait choisi de présenter le flanc à la critique en décidant autrement ?

On voit comment des prophètes de malheur peuvent venir chercher notre argent. Ils font peur aux dirigeants gouvernementaux; ils savent que ceux-ci ont peur de la population.

Yann dit :
25 février 2010 à 10 h 19 min

Parlant de complots, Monsieur Facal, que pensez-vous de la théorie de ce monsieur LeHir ?

https://www.vigile.net/Gare-a-l-arnaque-du-siecle

Je ne suis pas avocat et encore moins juriste donc je ne sais qu'en penser. Je me dis que l'arnaque est beaucoup trop grosse et organisée à des niveaux élevés pour être vraie.

Yann

Rester en vie ! » Christiane Charette reçoit le Dr. Fernand Turcotte dit :
27 février 2010 à 16 h 42 min

[...] Une étrange affaire. Blogue de Joseph Facal [...]

Robert Lachance dit :
3 mars 2010 à 19 h 56 min

... nous vivons dans un système capitaliste dont la base est l’exploitation,... RenéP

Entre autres choses !

wikipedia

Instructif !

Et le communisme ?

wikipedia

Pauvre de moi, j'ai associé usage de la force, autorité, à communisme plutôt qu'à totalitarisme dans mon message précédent.