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La chronique de Hubert Reeves

2010

2010

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C'est l'Année internationale pour la diversité biologique, dite «biodiversité» depuis quelques décennies.

La biodiversité comprend la diversité des espèces et, au sein des espèces, la diversité des individus, et aussi la diversité des espaces de vie dans lesquels on trouve les espèces. Elle comprend surtout les résultats des nombreuses interactions établies entre ses composantes, résultats qui sont souvent autant de services qu'elle fournit aux humains.

Les roseaux implantés dans des étangs sont des purificateurs d'eau. Alors, les humains intelligents se sont dit que ce travail gratuit de certaines familles de plantes est une aubaine. Ainsi est née la phytorestauration (ou phytoremédiation). Il s'agit de technologies utilisant les plantes qui ont ce pouvoir purificateur. Exemple: les eaux usées circulent parmi des familles végétales qui prélèvent les molécules indésirables comme les nitrates non admis dans l'eau au-dessus d'un certain seuil.

Les insectes pollinisateurs permettent la fructification des arbres dont nous consommerons les fruits... La mortalité particulièrement élevée des pollinisateurs sauvages et domestiques (les premiers moins médiatisés que les seconds) met en danger les productions, ce qui s'ajoute à une éventuelle pénurie des produits issus de l'activité de l'abeille domestique (miel, gelée royale).

Et d'où vient l'oxygène que nous respirons? Ce sont les végétaux chlorophylliens, aquatiques et terrestres qui le fournissent par la photosynthèse : les plantes vertes, les mousses, les fougères et les algues vertes, par exemple.

Pourquoi les sols permettent- ils des cultures pourvoyeuses des aliments qui assurent nos repas quotidiens? C'est qu'ils contiennent d'innombrables espèces de champignons, de virus et, surtout, de bactéries dont le rôle est déterminant pour la fertilité des terres agricoles, surtout celles qui s'établissent au niveau des racines des végétaux avec lesquels elles vivent en mutualisme. Elles fixent l'azote et en font cadeau aux plantes, ce qui contribue à leur croissance, et les plantes fournissent en échange des nutriments qui assurent la prospérité des bactéries.

La vie des humains dépend des non-humains

Les humains ne souhaitent pas protéger toute la biodiversité. Il y a des microbes et des virus, ou même des insectes, que nous préférons ne pas laisser se multiplier alors qu'ils sont déjà si omniprésents.

Et puis les humains dont les populations croissent ont besoin de subvenir à des besoins vitaux. Alors, les humains vont avoir à faire des choix.

Pour choisir, il faut un éclairage sur les conséquences qu'entraîneront les choix.

Pour aider à prendre des décisions:

* On a besoin de rapports et de bilans régionaux sur l'état de la biodiversité et les conséquences économiques, environnementales et sociales de son érosion;

* Il faut élaborer des scénarios à court et moyen termes permettant d'évaluer l'impact de telle ou telle orientation. Il serait important que soit mise en place au plus vite la Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques ou IPBES (initiales du nom anglais).

Espérons donc que l'année 2010 verra la naissance de cette structure internationale avec une dotation de fonctionnement, par exemple lors de la session spéciale sur la biodiversité à l'Assemblée générale des Nations Unies de septembre 2010 ou de la prochaine Conférence des Parties qui se tiendra à Nagoya à l'automne.

Préserver la biodiversité est une garantie pour l'avenir de l'humanité. Relire, pour s'en persuader, les récentes chroniques consacrées à la morue du côté de Terre-Neuve ou à l'eau potable pour alimenter New York...

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