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La chronique de Hubert Reeves

Épanouissement

Épanouissement

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Les fleurs sont communément l'objet de notre admiration. Déjà leurs boutons sont des promesses de joie. Une promenade printanière ressuscite l'attente des parterres fleuris à embrasser du regard ou le désir d'une fleur sur laquelle se pencher. C'est lorsqu'elles ouvrent leur corolle, déploient leurs pétales et exhalent leur parfum qu'elles séduisent le plus et procurent un plaisir certain, comme l'heureux aboutissement d'une attente, un enivrement. En quelque sorte, leur épanouissement produit du bonheur et, par une sorte de contagion, le sentiment de notre propre épanouissement tant cela déclenche un instantané bien-être psychique. Bonheur momentané, mais bonheur vrai.

LA NATURE DIVERSIFIE SES ŒUVRES

Les espèces vivantes

Lorsque vient à l'esprit cette extraordinaire diversité des fleurs et de la nature sous d'autres formes, végétales et animales, c'est encore le mot «épanouissement» qui semble le plus approprié.

La science agrandit sans cesse l'éventail de nos connaissances du vivant et la liste des espèces découvertes s'accroît sans que l'on puisse imaginer que le décompte est terminé. Ainsi la vie s'est-elle épanouie sur la planète.

Au-delà des espèces vivantes

Si les aurores boréales obéissent à des règles physiques, le hasard n'en est pas absent et leur spectacle est de toute beauté. Ce déploiement de draperies légères et ondulantes est un «réjouissement» toujours renouvelé.

Même les nuages sont «obligatoirement» formés lorsque les conditions atmosphériques le commandent, mais leurs formes sont laissées au hasard et le hasard peut être artiste. Les gouttelettes d'eau qui les constituent n'ont pas de carcans qui délimiteraient une forme standardisée.

NOS INTERFÉRENCES NÉGATIVES

Certaines espèces disparaissent: aucune n'est éternelle et la planète ne l'est pas davantage. Tout a une fin. Dans le cas présent, le mot «extinction» dont nous sommes cette fois responsables devient l'antonyme de l'épanouissement du vivant.

Le problème est qu'en supprimant un à un les maillons des chaînes du vivant, nous y perdons beaucoup d'agréments et même nos chances de survie. Prenons l'exemple des produits alimentaires principalement issus de la biodiversité créée par nos ancêtres. Tout ce que cette biodiversité met à notre disposition a tendance à se restreindre. Et si le choix se rétrécit, l'insatisfaction grandit. S'il n'y a plus que des pommes «Golden», quel regret de plus ne pouvoir croquer une «Belle de Boskoop rouge»! Ma vie entière n'aurait pas suffi à goûter les mille variétés de pommes qui existaient en France au début du 20e siècle!

Il y a plus grave encore: l'élimination d'êtres microscopiques du sol, qui permettent aux racines de nos plantations de puiser de quoi les faire s'épanouir en surface. Les engrais et les pesticides les exterminent. Et la sécurité alimentaire est menacée.

PRIVILÉGIER LES INTERACTIONS POSITIVES

Chacun sent confusément qu'il faut être tous POUR la biodiversité. La compréhension de notre dépendance enclenche une volonté de survie de notre espèce de plus en plus affirmée. Cette compréhension que notre sort est lié à celui de tout le vivant nous place devant de nouvelles responsabilités. Fini de se prendre pour les maîtres du monde! La solidarité envers nos semblables ne suffit plus. Elle doit s'étendre à tout le vivant. Car si nous dépendons de lui, il dépend dorénavant de nous, de notre attitude envers lui.

Contribuer d'une façon ou d'une autre à l'apothéose de la biodiversité est un objectif qui procure une grande satisfaction. Mieux: son épanouissement contribue au nôtre. Essayons: le conseil est gratuit!

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