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La chronique de Hubert Reeves

À propos de jardins...

À propos de jardins...

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Plusieurs esthétiques coexistent souvent et l'exemple qui s'impose concerne les jardins qui déterminent des paysages différenciés selon que le parc est agencé «à la française» ou «à l'anglaise». Les conceptions diffèrent et les résultats aussi.

Tout le monde a sans doute vu, sur place ou en photos, les jardins attenants au château de Versailles, jardins voulus par Louis XIV, le Roi Soleil, et réalisés par André Le Nôtre. Dans ces jardins «à la française», tout est ordonnancé et la symétrie règne. Pas de surprise au détour d'un chemin. D'ailleurs, il n'y a pas de chemin, mais une allée centrale qui ouvre des perspectives permettant de voir loin: les allées secondaires sont rectilignes, les pièces d'eau circulaires; tout s'inscrit dans un plan d'ensemble parfaitement géométrique. Depuis le château, la perspective est soigneusement entretenue.

Cependant, au-delà de la portée du regard, ces contraintes cessent. Les alignements d'arbres cèdent la place à des bois et les parterres à des prairies. Nous retrouvons une nature libérée de la géométrie.

Voilà une possible transition pour aborder un jardin «anglais» loin du classicisme français.

C'est donc d'Angleterre qu'est venu le modèle de ces jardins dessinés sans équerre et sans compas dans un espace souvent vallonné excluant les grandes perspectives, mais offrant des découvertes inattendues au détour d'un sentier serpentant entre fleurs, herbes folles, arbres ou arbustes comme plantés par le hasard. Mais il s'agit rarement de végétation spontanée. C'est donc bien un paysage artificiel. À la française ou anglais, dans le premier cas l'ordre domine, dans le second, c'est souvent le romantisme.

À PROPOS D'ARBRES...

Voyons maintenant ce qu'il advient des arbres. Les mêmes essences peuvent être laissées libres de toute taille ou traitées de diverses manières et parfois devenir têtards. On pourrait se dire que le saule, le charme ou le frêne abritent davantage de biodiversité s'ils ne connaissent pas d'entraves à leur développement. Pourtant, à force de couper toutes les branches au ras du tronc tous les 5 ou 10 ans pour faire du bois de chauffage, se créent des cavités appréciées d'espèces comme les mésanges ou la chouette chevêche. Et il n'est pas rare de voir un arbre-têtard supporter des végétaux arbustifs dont les branches se mêlent à celles de leur hôte, puisant les nutriments dans l' humus qui se dépose au sommet creux du tronc. Les têtards s'alignent le long des cours d'eau ou limitent les parcelles dans le bocage. Il y a une esthétique des lignes de ces arbres taillés et retaillés par l'homme. Ces arbres sont ce que l'humain veut qu'ils soient.

À PROPOS DE CHOIX ESTHÉTIQUES RESPECTUEUX DE LA BIODIVERSITÉ

Un lieu est, dans nos pays, au-delà de ses caractéristiques physiques et géographiques, la mémoire de l'action humaine. Les paysages actuels résultent de l'attitude des humains tout au long des siècles. Nous les façonnons encore par les choix que nous faisons. Faire un mur de pierres ou planter une haie ne donnera pas le même résultat. Et dans cette haie, le choix d'essences locales doit l'emporter pour conforter leur existence menacée.

Nous savons maintenant que nos choix esthétiques devraient de plus en plus s'orienter dans le sens d'une prise en compte de la préservation de la biodiversité.

Il y a urgence à développer une esthétique éthique.

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