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La chronique de Hubert Reeves

Marcher sept lunes...

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En Europe et en Amérique ou encore en Australie, beaucoup d'associations s'insurgent contre le traitement infligé à certains animaux (individus ou espèces) dans des pays de traditions différentes des nôtres.

Le sort des baleines est l'exemple type et toutes les protestations ne changent rien à la façon dont le Japon s'obstine à maintenir une chasse annuelle. Il semble qu'une même attitude existe pour le thon rouge. Certes, il y a des différences: le thon est un aliment prisé de tous les Japonais et la viande de baleine ne l'est plus que d'une minorité qui peut payer cette chair autrefois servie communément, mais dont la rareté a fait grimper le prix.

Chaque peuple hérite du passé et il est difficile de faire évoluer les habitudes alimentaires, de faire changer le regard sur une caractéristique de sa culture. Peut-on aller jusqu'à se dire que les blâmes émis par d'autres pays sont ressentis comme des blessures?

Peut-être faut-il se rappeler le proverbe «Avant de juger un homme, il faut marcher sept lunes dans ses mocassins»? Il semblerait que les Japonais, même s'ils ne consomment plus de chair de baleine, ne contestent pas majoritairement l'existence de la flotte baleinière. Le gouvernement ne serait donc pas «en retard» sur son opinion publique en ne supprimant pas les prises dites scientifiques. Question à se poser: «Faut-il suivre ou précéder l'opinion quand on est au gouvernement?»

LE BILAN DES RÉUNIONS DE DOHA

À Doha (Qatar), en mars dernier, le Japon a refusé de cesser la chasse à la baleine à visée «scientifique» et il est plus que certain qu'il refusera aussi lors des prochaines réunions de juin de la Commission baleinière internationale (CBI), alors que celle-ci a, par le passé, autorisé des quotas de prélèvements à fins scientifiques. Mais au fil du temps, l'opposition entre partisans de l'interdiction de ces autorisations perçues comme des prétextes et le Japon (allié à la Norvège et à l'Islande) est devenue un affrontement dont on ne voit pas la fin. Aucun compromis n'est trouvé.

Thon rouge

Beaucoup de ces poissons finiront encore en sushis, car la conférence de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction) n'a pas protégé cette espèce, rejetant à une large majorité de pays (72 votes contre, 43 favorables et 14 abstentions) la proposition de l'Union européenne d'interdire le commerce international de cette espèce, puis une proposition de Monaco de suspendre les exportations de cette espèce, donnant ainsi satisfaction au Japon. Dans ce dossier, le Japon est en phase avec son opinion publique.

La majorité des pays a décidé de s'en remettre à la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (ICCAT), un organisme de pêche intergouvernemental qui a déclaré «gérer adéquatement les pêcheries de thon rouge» et «s'engager au rétablissement des stocks». Selon un pêcheur de thon soucieux d'une pêche durable, le pire serait derrière nous. Rendez-vous en novembre!

UNE HISTOIRE DE PLANÈTES

Et pour terminer, voici une histoire. Deux planètes se rencontrent. L'une est resplendissante, l'autre en mauvais état.

«Tu es malade? interroge la première. -Hélas, répond la seconde. J'ai attrapé l'humanite... Elle me dévitalise. -Ne t'en fais pas. J'ai eu ça. Ça passe tout seul.»

La morale de cette histoire est simple.

Pour que la planète guérisse, il faudrait éviter que ce soit grâce à la disparition de l'humanité.

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