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La chronique de Hubert Reeves

Dire adieu au pétrole

Dire adieu au pétrole

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La fin du pétrole est pour après demain. Anticiper est sage. Donc, petit à petit, devenons moins dépendants. Plus facile à dire qu'à faire. Mais ce n'est pas «mission impossible». D'autres énergies sont ou vont être disponibles. Évidemment, rien n'est parfait.

Aujourd'hui, parlons des carburants de demain. Par exemple les agrocarburants.

On nous dit: «Les agrocarburants de première génération (maïs, colza...) étaient contestables.»

C'est devenu évident. Ils concurrençaient les cultures alimentaires au point que les habitants des pays les plus pauvres se voyaient privés de nourriture devenue «hors de prix». En outre, le bilan écologique était désastreux.

On nous dit: «Les agrocarburants de deuxième génération (par exemple: la paille quand on a récolté les grains des céréales et l'écorce des arbres quand on les a transformés en planches) sont sans reproche». Faut-il ne pas en douter?

Il ne fait aucun doute que le doute a manqué lors du lancement de la première génération. Alors, doutons. Il s'agit de convertir ces «déchets verts» en carburant liquide. L'objectif est apparemment louable: il faut vraiment trouver des nouveaux moyens de permettre les déplacements des humains et des marchandises.

Interrogeons-nous sur ce que fait la nature de ce que nous appelons «déchets verts».

Que deviendrait un arbre tombé au sol si nous ne l'enlevions pas? Il serait assailli d'une armée d'insectes, envahi de champignons et se décomposerait... en éléments fertilisant le sol.

L'humus qui en résulterait serait pro-pice à la pousse d'autres arbres ou végétaux divers.

Que deviendrait la paille si elle était restituée au champ dont on a ôté la récolte de blé pour garder les grains à transformer en farine et faire du bon pain? Le blé a puisé dans le sol de quoi élever ses épis: il a donc prélevé des éléments nutritifs. Lui rendre une partie de ce qu'il a donné semble approprié. Et cela permettrait de moins utiliser d'engrais chimique... pour la production desquels il faut de l'énergie.

Ce que nous appelons déchets, ce sont des atouts de fertilité! Pour la nature, il n'y a aucun déchet. Il s'agit d'une étape dans la succession des processus qui perpétuent la vie. Le vocabulaire employé dépend du regard porté sur la nature. Plus on est proche d'elle, moins on percevra la paille comme un déchet.

TROISIÈME GÉNÉRATION D'AGROCARBURANTS

Déjà on parle d'une troisième génération à partir des algues de mer ou d'eau douce. Le choix des espèces est important et la recherche s'emploie à identifier les plus productrices de lipides permettant l'obtention d'huiles. Là encore, l'étape de l'examen des inconvénients ne doit pas être sautée. Car la culture de ces algues nécessiterait de l'énergie et de l'eau... à ne pas polluer. La filière reste donc incertaine.

Sans condamner définitivement la piste des agrocarburants, d'autres pistes sont à explorer telles que celle de la pile à combustible et celles des technologies liées à l'hydrogène. Et bien sûr l'énergie solaire sous toutes ses formes.

Et peut-être faut-il apprendre à moins se déplacer?

Dans le domaine professionnel, les solutions de téléconférence et vidéoconférence permettent d'éviter de se déplacer. Le télé-travail est aussi une piste.

Pour les autres déplacements dont certains peuvent être dits d'agrément, on ne sait pas ce que l'avenir réserve.

Alors, favoriser la recherche est la première étape. Comparer avantages et inconvénients est la deuxième. Enfin, choisir pour un développement durable!

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