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La chronique de Hubert Reeves

Tout à foison

Tout à foison

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Théophile Gautier le répète «Mars qui rit, malgré les averses.

Prépare en secret le printemps.

Au seuil d'avril, tournant la tête, Il dit: "printemps, tu peux venir".»

Nous voici en mai! Chaque printemps, c'est la fête des fleurs. D'abord celles qui s'habillent de blanc pour rappeler la neige, puis celles qui préfèrent le jaune pour appeler le soleil et celles qui se parent de bleu pour inspirer le ciel.

Et les arbres fruitiers s'y mettent. «Regardez les branches. Comme elles sont blanches! Il neige des fleurs».

Chaque printemps devant les pommiers et les cerisiers, je vérifie dans les jardins français l'inversion des nuances dans une chanson du milieu du siècle dernier: «Cerisiers roses et pommiers blancs».

Chaque printemps aussi, la nostalgie d'un voyage au Japon s'accompagne de visions des cerisiers dont les fleurs sont, là-bas, roses ou blanches. Quand elles descendent en cascades sur un arbre pleureur, elles enchantent le regard le temps éphémère précédant l'éclosion des feuilles vert tendre.

Quant aux fleurs de pommiers, leur vision me transporte au Québec. Mon accord avec Félix Leclerc est total: «Chaque pomme est une fleur qui a connu l'amour», dit-il dans son Calepin d'un flâneur. Et en effet, s'il n'y a pas fécondation de la fleur, il n'y a pas de fruit... Pour être fécondée, la fleur doit le plus souvent recevoir le pollen de fleurs d'autres pommiers. Le vent ne saurait transférer le pollen de l'étamine au stigmate: il en faut des insectes pour qu'obstinément, toutes les fleurs (ou presque) soient visitées! Et il faut que le temps soit clément! La pluie, le vent, une température trop basse dissuadent les pollinisateurs.

Au Canada, on a recours à la location de ruches que l'on installe dans le verger pour amener des ouvrières en renfort des abeilles sauvages et des bourdons.

Dans le comté de Maoxian dans la province du Sichuan, en Chine du Sud, la pollinisation des pommiers sur près de 3 000 ha s'effectue à la main ce qui prend beau-coup de temps et occasionne des frais. C'est le résultat négatif de l'emploi excessif des pesticides qui ont éliminé les insectes, compensé par le fait que la main-d'œuvre est abondante, ne rechigne pas à l'ouvrage et accepte des salaires supportables par les arboriculteurs. Pour combien de temps encore?

«Et les fruits passeront la promesse des fleurs» (François de Malherbe).

Il faudra attendre le début de l'été pour la cueillette des cerises.

«Or, vous avez cueilli des cerises vermeilles...

Coquette! et les avez mises à vos oreilles...»

C'est le moment où l'on concurrence les merles dans le jardin familial. Certains producteurs invitent à cueillir soi-même les précieuses drupes dans leur grand verger.

«Quand nous chanterons le temps des cerises...

Sifflera bien mieux le merle moqueur...», disent les paroles d'une chanson populaire en France.

«Mais il est bien court le temps des cerises...

Où l'on s'en va deux cueillir en rêvant...

Des pendants d'oreilles...» En automne, ce sera le tour des pommes hésitant entre le vert, le jaune et le rouge. On pourra en croquer toute l'année grâce au système de conservation mis au point soit dans le fruitier familial soit dans un lieu de stockage refroidi pour ralentir la maturité.

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