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La chronique de Hubert Reeves

Réflexions sur la biodiversité

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2010 célèbre la diversité biologique. Avec raison.

La célébrer chaque année sans interruption me plairait. D'ailleurs, c'est ce que je fais, toujours émerveillé de l'origine commune de la vie sur notre planète, de la richesse des formes du vivant, de l'évolution, de la complexité et de l'organisation des interactions entre elles, et entre elles et leur milieu.

Je ne me lasse pas de m'extasier devant cette fabuleuse inventivité de la vie qui, à partir de l'ADN (voir la chronique du 28 mars 2010), a réalisé des êtres végétaux et animaux de toutes tailles, de toutes formes, tous parents. C'est une joie de me savoir parent de mes amis les arbres que j'ai plantés, mais aussi de tous les arbres qui ont existé et de ceux qui existeront, parent des crustacés et des éléphants. Cette caractéristique ne m'est nullement personnelle: nous avons tous un lien initial de parenté avec eux, entre nous.

Notre appartenance au cosmos fait qu'il est notre extraordinaire demeure, bien au-delà de notre maison commune qu'est la Terre, où notre vie est redevable aux étoiles, qui ont fabriqué les atomes de notre corps, et ceux de tout ce qui nous entoure.

DES MILLIARDS D'ANNÉES D'EXISTENCE

Les contes qui vont voyager en tapis volant ne sont pas plus fantastiques que le réel, quand on considère que notre famille comprend tout le monde vivant des millénaires antérieurs, du présent et des siècles futurs. Si nous sommes certains que la vie a des milliards d'années d'existence, que notre espèce en a beaucoup moins (elle est jeune), nous ne savons pas combien de temps elle subsistera encore. Juste que ce ne sera pas éternellement, du moins tels que nous sommes actuellement et là où nous sommes. Mais ça pourrait se terminer prématurément.

De tout temps les perturbations d'origine naturelle: volcanisme, tsunamis, érosion (même le granit se décompose à la longue), transforment la planète. Et si ces perturbations sont qualifiées de catastrophes, à y regarder de près, certaines ont été déterminantes pour faire éclore la vie. Par exemple, l'apport de l'eau par les comètes qui s'écrasaient sur le socle rocheux de notre Terre. Et chacun sait que les inondations périodiques du Nil fertilisaient les terres de l'Égypte ancienne.

Depuis notre arrivée, la planète change sous notre pression anthropique (déforestation, défrichement, urbanisation...). Certaines actions humaines d'abord néfastes comme la suppression des mangroves nous font prendre conscience de l'erreur commise. Notre espèce est la seule à pouvoir prendre conscience des effets de son activité qui modifie la surface de la Terre en permanence. Mais certaines populations le font plus que d'autres. Cela dépend de leur culture. La diversité humaine est grande et offre la possibilité de rechercher les bons exemples à étudier, et d'identifier les mauvaises pratiques à bannir.

Indéniablement notre espèce cumule l'extraordinaire et merveilleux avantage d'être la conscience de la nature.

Attention à ce que soit une bonne conscience!

Alors l'espoir grandit.

L'éducation des jeunes générations, l'information de l'opinion publique ont à être repensées, l'accès au savoir consolidé.

L'année 2010 sera-t-elle celle qui permettra de partir du bon pied vers un développement durable?

En tout cas, tout comme les interactions des 3 composantes, génétique, spécifique, écosystémique) fabriquent de la biodiversité, les interactions humaines ont à tenir compte des 3 critères indissociables: économique, social, environnemental pour fabriquer, dans la diversité, le bien-être humain.

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