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Crime organisé

Une vieille guerre de clans

Paolo Violi, du clan Calabrais, a eu plusieurs différends avec le clan sicilien, au point où la famille Bonano de New York a été appelée pour arbitrer le tout.
© Archives Paolo Violi, du clan Calabrais, a eu plusieurs différends avec le clan sicilien, au point où la famille Bonano de New York a été appelée pour arbitrer le tout.

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(NDLR) L'assassinat spectaculaire en plein jour d'Agostino Cuntrera, le 29 juin, est le dernier d'une longue série d'événements sanglants qui ont secoué la mafia montréalaise depuis un an. Jamais cette organisation criminelle n'a été l'objet d'autant de violences jusqu'à ce jour. Pierre de Champlain, auteur et ancien analyste de renseignements à la GRC, nous offre aujourd'hui et demain une explication à ces bouleversements. Il commence ce matin par retracer certains faits historiques importants de la mafia de Montréal, nécessaires pour comprendre l'actualité des derniers mois.

Pendant de nombreuses années, à l'époque glorieuse du règne du clan des Calabrais, dirigé alors par Vincenzo Cotroni, la mafia opérait dans l'ombre et dans le secret, bien en contrôle de son territoire, le centre-ville. On désignait le clan Cotroni sous le nom de «gang du centre».

Cotroni, un fin stratège, avait su développer d'excellentes relations avec les mafiosi. Non seulement avec ceux de Montréal, mais aussi ceux de l'Ontario, là où la mafia calabraise est très bien organisée, et les cinq grandes familles de la Cosa Nostra de New York et de l'Italie.

Cependant, au milieu des années 1970, la famille Cotroni commença à éprouver des ennuis sérieux. La Commission de police du Québec se pencha pour la première fois sur ses activités criminelles et celles de Paolo Violi, considéré à l'époque comme l'héritier présomptif de Cotroni.

L'une des révélations importantes de la CECO fut celle de l'existence d'un petit groupe de Siciliens, jusque-là inconnus du grand public, qui oeuvrait à l'intérieur même de la famille Cotroni. Le leader de ce groupe était Nicolo Rizzuto. Il avait émigré au Canada avec sa famille à la fin des années 50.

Rizzuto contre Cotroni

Des frictions ne tardèrent pas à apparaître entre Rizzuto et Paolo Violi. L'objet du litige : le trafic de drogue, puisque Violi tenait résolument à garder la mainmise sur les opérations. Les choses s'envenimèrent au point où Cotroni dut faire appel, en mai 1972, à des médiateurs de la famille Bonanno et à des mafiosi de Sicile pour régler la dispute.

Violi n'exigeait rien de moins que l'expulsion de Rizzuto de la famille de Montréal. Il lui reprochait de se livrer au trafic de l'héroïne à l'insu de la famille Cotroni.

À cette époque, la famille de Montréal était liée par une règle édictée par la famille Bonanno, à savoir que tout mafioso venant de l'étranger et résidant à Montréal devait d'abord se soumettre à une période de probation de cinq ans avant de pouvoir se considérer comme membre à part entière de la famille de Montréal.

Or, il appert que Rizzuto avait conclu des marchés de drogues avec des Siciliens qui, justement, n'étaient pas reconnus comme membres de la famille. D'où la profonde divergence de vues entre Rizzuto et Violi.

La famille Bonanno mit fin à la dispute en ordonnant à Cotroni de réinstaller Rizzuto dans la famille montréalaise.

Mais les choses ne devaient pas en rester là. Le 22 janvier 1978, les Siciliens passent à l'attaque, profitant du fait que les audiences de la CECO et le battage publicitaire qui s'ensuivit avaient contribué à affaiblir le clan Cotroni-Violi. Paolo Violi est assassiné à l'intérieur même de son ancien bar qui avait servi de quartier général du clan Calabrais.

Puis, quelques années plus tard, Vincenzo Cotroni meurt des suites d'un cancer en septembre 1984. Le règne des Siciliens pouvait commencer.

Un nouveau style de leader

Au début des années 80, les Rizzuto, père et fils, rentrent du Venezuela, où ils s'étaient réfugiés pendant quelques années. Ils entreprennent une nouvelle ère, qui sera des plus profitable pour la mafia montréalaise.

Vito Rizzuto exerce un nouveau style de leadership sous les apparences d'un homme d'affaires légitime, toujours bien habillé et coiffé, et surtout souriant, ce qui dénote un mafioso engageant et décontracté.

Il a su aussi créer l'unanimité autour de lui, tant parmi les membres des différentes cliques mafieuses de son organisation, que parmi les leaders des autres organisations criminelles, comme les motards ou le gang de l'Ouest.

Ainsi, lorsque venait le temps pour tous de se lancer dans une importation de drogue d'envergure, tous y prenaient part et se partageaient les profits comme les pertes, le cas échéant.

La mafia de Montréal a connu, dans les années 80 et 90, une grande période de prospérité et elle en a profité pour étendre son influence ailleurs au Canada, notamment dans la région de Toronto.

Tout cela se passait pendant que les Hells Angels et les Rock Machine se livraient une guerre fratricide pour le contrôle du trafic de drogue dans certains secteurs de Montréal.

La mafia en a profité pour opérer dans l'ombre à sa guise, alors que tous les corps policiers s'employaient à mettre fin à ce conflit, qui fit plus d'une centaine de morts.

Fin de la récréation

Mais cette époque glorieuse prit fin abruptement le 20 janvier 2004, lorsque Vito Rizzuto fut arrêté à la demande des autorités américaines.

Il ne fait aucun doute, à partir de cet instant, que l'arrestation et la condamnation à 10 ans de prison de Vito Rizzuto marquent le début de l'effritement de l'emprise de la famille Rizzuto sur la mafia de Montréal.

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