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Analphabétisme

Une source de problèmes au quotidien

Entrevue avec des analphabètes au 485, des Laurentides à Laval.
© Agence QMI Entrevue avec des analphabètes au 485, des Laurentides à Laval.

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LAVAL - Le quotidien des analphabètes n'a rien de réjouissant: difficulté à remplir des formulaires, à lire le nom des rues ou à faire les leçons des enfants, difficulté de trouver un emploi. Pour se sortir de l'impasse, Claire-Mira, Sylvain, Laurent, Mylène et Lina se sont tournés vers un organisme d'alphabétisation.

Après avoir travaillé une dizaine d'années comme opératrice de machine à coudre sans savoir lire ni écrire, Claire-Mira s'est retrouvée au pied du mur.

«J'ai dû subir une opération à l'épaule. Aujourd'hui, je ne peux plus effectuer ce travail. Comme je n'ai pas terminé ma 3e année, je n'arrive pas à me trouver un autre emploi et l'école ne veut pas m'accepter parce que j'ai échoué aux tests d'admission», confie la dame de 49 ans, ajoutant qu'elle a trois bouches à nourrir.

S'il gagne bien sa vie, Sylvain, 47 ans, craint qu'une telle situation lui arrive aussi. «Aujourd'hui, ça prend un secondaire 5 pour être embauché. Les employeurs sont plus sélectifs et font passer des tests d'aptitude. Si je perds mon emploi, ce sera pénible», dit-il, mentionnant que son travail manuel lui permet de cacher ses difficultés de lecture et d'écriture.

Pour Laurent, 57 ans, son analphabétisme lui a causé bien des maux de tête. N'ayant jamais mis les pieds dans une école, il a quand même, à une certaine époque, bien tiré son épingle du jeu.

«J'avais une entreprise. Bien évidemment, je ne disais à personne que je ne savais ni lire ni écrire. Je me trouvais des trucs pour arriver à gérer tout ça. J'avais trois comptables qui me donnaient des avis. Ça a marché pendant un moment, mais j'ai fini par tout perdre. Je me suis fait avoir. J'ai mis mon X sur un document qui cédait tout ce que j'avais», a confié l'homme, ajoutant qu'il est fier aujourd'hui d'être capable de remplir un formulaire et d'effectuer des transactions seul. Il donne aussi des conférences pour venir en aide à des personnes analphabètes. «C'est important de ne pas rester dans l'ombre. Il y a des moyens pour s'en sortir. Le Groupe Alpha en est un», dit-il.

Quant à elle, c'est parce qu'elle était incapable d'aider ses enfants que Lina a cogné à la porte d'un organisme d'alphabétisation, le Groupe Alpha, il y a 13 ans.

«Ce n'est vraiment pas facile quand tu n'es pas à l'aise avec la lecture et l'écriture d'aider ses enfants et les inciter à faire des études. Je voulais qu'ils réussissent, mais je n'étais même pas capable d'écrire un message à leur professeur et encore moins de comprendre leurs devoirs», a raconté la dame de 50 ans, ajoutant que si elle doit encore travailler fort, son plus jeune fils vient de dénicher, en partie grâce à ses efforts et son acharnement, un emploi payant.

Si son histoire est bien différente de celle de ses confrères, Mylène, 27 ans, vit une situation bien difficile. «J'ai vécu deux traumatismes crâniens et j'ai dû réapprendre tout ce que je savais, comme écrire. Repartir à zéro devant d'autres jeunes, ce n'est pas facile pour le moral. Je n'étais pas capable de rester à l'école. Je trouvais ça trop démoralisant et je me sentais jugée par les autres», explique-t-elle, ajoutant que c'est plus facile pour elle d'apprendre avec le Groupe Alpha. «On est comme une famille. Tout le monde s'aide et se respecte ici.»

Aujourd'hui, Claire-Mira, Sylvain, Laurent, Mylène et Lina se portent mieux. Ils arrivent à se débrouiller tant bien que mal et à se sentir en confiance. «Ce n'est pas facile d'apprendre à notre âge, mais une fois que la première porte est ouverte, ça va beaucoup mieux et on se sent tellement plus heureux et mieux dans notre peau», a conclu Laurent, invitant les gens, qui comme eux éprouvent des difficultés à lire et écrire, à entrer en contact avec le Groupe Alpha.

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