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Catholique non croyant

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Samedi, cinquante mille personnes se sont rassemblées au Stade Olympique pour célébrer la mémoire du Frère André.

Comme a titré mon journal : « C’est du monde à la messe ! »

Preuve que si on a sorti le Québécois de l’Église, on n’a pas encore sorti l’Église du Québécois.


LE PARADOXE QUÉBÉCOIS

Récemment, le Globe and Mail se demandait pourquoi les Québécois sont aussi attachés à la religion catholique alors que les églises sont vides.

« Il y a comme un paradoxe », écrivait le journaliste.

Effectivement.

D’un côté, le Québécois moyen ne pratique pas. De l’autre, il grimpe dans les rideaux dès qu’un militant laïc dit qu’il faudrait peut-être sortir les crucifix des institutions publiques.

On tient à l’Église catholique, oui ou non ?

En fait, il y a deux façons de concevoir la religion.

Il y a la religion comme système de croyances. Et la religion comme culture.

Beaucoup de Québécois ont cessé de croire ou de pratiquer. Mais la grande majorité se reconnaissent encore dans cette institution.


UN MYSTÈRE INSONDABLE

Personnellement, je suis agnostique.

Je crois que l’existence de Dieu est un mystère insondable que personne, AUCUN être humain ne peut résoudre. On ne sait pas si Dieu existe, et on ne sait pas s’il n’existe pas.

Pour citer le cinéaste espagnol Luis Bunuel : « Pour moi, les athées sont les plus grands croyants car ils voient l’absence de Dieu partout. »

Affirmer sans l’ombre d’un doute que Dieu n’existe pas, c’est comme affirmer sans l’ombre d’un doute qu’il existe.

Pour moi, ces deux affirmations s’équivalent : ce sont deux impossibilités philosophiques.

En fait, si vous me demandiez ce que je suis vraiment, je vous répondrais : « Je suis un catholique non croyant. »


MES RACINES

Qu’est-que ça mange en hiver, un catholique non croyant ?

Eh bien, c’est simple : je crois que Jésus de Nazareth a réellement existé, je crois qu’il était un être humain comme les autres, je m’identifie parfaitement au message qu’il a transmis (le pardon, aimez-vous les uns les autres) et je suis attaché à mes racines catholiques.

Pendant longtemps (dans ma période « citoyen du monde », quand je croyais que les gens naissaient sans histoire, sans racine et sans culture), je me faisais croire que j’étais complètement affranchi de mes racines et de mon héritage catholiques.

C’est bien sûr complètement faux.

J’ai beau être agnostique, je suis PROFONDÉMENT catholique. Cette religion me parle. J’ai grandi avec elle, elle a imbibé mon enfance et a participé à faire de moi ce que je suis.

Je suis ému quand j’entends « Minuit, Chrétien », je suis touché lorsque je regarde « L’Évangile selon Saint-Mathieu » de Pasolini, je suis envahi par mille souvenirs quand je vois une crèche, je vibre quand j’écoute de la musique sacrée — bref, je ne suis ni juif ni mulsulman ni bouddhiste, je suis de culture catholique.


TOUJOURS CATHOLIQUE

Voilà pourquoi on tient autant à notre héritage catholique même si on ne fréquente plus l’église.

Parce qu’aussi bizarre que cela puisse paraître, ce n’est pas parce qu’on ne va plus s’agenouiller devant la Croix ou qu’on ne croit plus en Dieu qu’on a cessé d’être catholique pour autant.

On a beau être athée (ou, dans mon cas, agnostique), il ne faut quand même pas jeter le bébé avec l’eau bénite...