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Éducation

Baisse controversée du taux de décrochage

Si l'on se fie aux
nouvelles données
du Ministère, seuls
18 % des jeunes décrochent
du secondaire.
© Agence QMI Si l'on se fie aux nouvelles données du Ministère, seuls 18 % des jeunes décrochent du secondaire.

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Comme par magie, le taux de décrochage a fondu, dans les écoles du Québec, grâce à la nouvelle méthode de calcul employée par le ministère de l'Éducation. Le gouvernement défend cette manoeuvre, mais des experts s'interrogent sur ces nouvelles statistiques, qu'ils jugent «artificielles.»

«C'est un peu comme si, en Santé, on trouvait une façon de calculer le taux d'occupation des salles d'urgence pour dire qu'il n'y a pas tant d'achalandage que ça, ironise le professeur Pierre Potvin, de l'Université du Québec à Trois-Rivières. C'est bizarre, comme méthode.»

En 2008-2009, le taux de décrochage scolaire était de seulement 18 % dans les écoles secondaires, si l'on se fie à de nouvelles données qui viennent d'être publiées discrètement par le ministère de l'Éducation. Un an plus tôt, le même ministère avait pourtant annoncé que 26 % des jeunes du secondaire étaient des décrocheurs.

La différence est encore plus frappante chez les garçons inscrits dans les écoles publiques. Entre 2008 et 2009, la proportion de décrocheurs déclarée officiellement par le Ministère, au sein de ce groupe, est passée de 36 % à 26 %.

Québec a modifié sa méthode de calcul du «taux de décrochage annuel» afin, dit-on, de «mieux refléter» la réalité vécue dans les commissions scolaires. Au lieu de tenir compte des élèves qui sont inscrits à l'école en janvier, le taux est maintenant basé sur les jeunes qui y sont inscrits en août de l'année suivante.

Ce changement vise à corriger «une entorse méthodologique», dit Jean Tremblay, directeur général des politiques, de la recherche et de la planification stratégique au Ministère.

Plaintes de commissions scolaires

Depuis dix ans, Québec mesurait le décrochage en janvier, afin de fournir des données aux commissions scolaires le plus rapidement possible, raconte-t-il.

Or, certaines commissions scolaires se sont plaintes d'être pénalisées par ce mode de calcul, qui faisait abstraction des jeunes se réinscrivant à l'école après janvier. Le taux de décrochage d'une commission scolaire aurait ainsi été exagéré de 19 points, souligne M. Tremblay.

«Ce changement a l'air bizarre, j'en conviens, mais le Ministère ne fait pas ça pour avoir de meilleurs chiffres, insiste-t-il. On a changé pour avoir les vrais résultats.»

Outre ce changement de calcul, de plus en plus d'élèves raccrochent, constate-t-il. «Avec l'ancienne méthode ou la nouvelle, on voit qu'il y a une amélioration depuis quelques années», note Jean Tremblay.

Malgré la baisse du taux de décrochage provoquée par cette modification - 5% en moyenne, selon M. Tremblay -, l'objectif de 80 % de diplomation à atteindre d'ici 2020 est encore loin de l'être. L'an passé, seuls 71,5 % des Québécois de moins de 20 ans avaient un diplôme, indique-t-il.

Sont-ils vraiment en classe ?

Comme son collègue Pierre Potvin, le professeur Égide Royer, de l'Université Laval, n'est pas convaincu du bien-fondé de ce nouveau calcul.

En entrevue au Journal, il déplore que le gouvernement se fie aux «inscriptions» du mois d'août pour calculer le taux de décrochage, alors qu'il se base sur le nombre d'élèves en classe le 30 septembre pour fixer le financement des commissions scolaires.

«S'il y a bien une clientèle qui n'est pas sûre d'être en classe en septembre, c'est bien la clientèle des jeunes en difficulté», fait valoir M. Royer.

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