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On n'a plus les tabous qu'on avait

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C'est bizarre, il y a un collègue chroniqueur qui a confondu les expressions tabou et noa. Noa veut dire «ordinaire» en tahitien, le contraire de tabou...

Alors je vous le demande d'emblée : qu'est-ce qui a le plus l'air de transgresser un tabou au Québec, selon vous : écrire en faveur d'un renforcement des dispositions antiscabs ou en faveur de l'abolition totale des dispositions antitravailleurs de rem-placement (ATR) ? Moi j'écris en faveur de l'abolition totale des dispositions ATR et je sens tout à coup comme des aiguilles me transpercer l'épiderme. Bizarre... Écrire pour dire que saint Frère André et la maternité sont des bonnes choses, ça relève du noa, pas du tabou.

METTONS LES PENDULES À L'HEURE

Les premières dispositions ATR sont apparues en 1977 (pas en 1997 !). L'état des relations de travail a passablement changé depuis. Pas juste ici, partout au Canada et en Amérique du Nord. Plus, d'ailleurs, du fait de réalités sociologiques que du fait de lois qui sont censées tout régler d'un coup de baguette magique. Le Code canadien du travail ne prévoit pas de telles dispositions, comme ne le prévoient pas non plus les autres lois du travail des autres provinces, sauf une. Je n'ai pas vérifié, mais ça m'étonnerait qu'il en existe aux États-Unis, juridictions avec lesquelles nous sommes en concurrence tous les jours. Je n'ai jamais entendu dire par quelque patron que ce soit que les dispositions ATR étaient une bonne chose. Je demande qu'un grand patron de presse, ou autre, se lève et proclame que ce dont a besoin le Québec, c'est d'un renforcement des dispositions ATR. Le geste du Parti québécois en cette matière est en dessous de tout. De la petite politique cheap à court terme. On n'amende un Code du travail à cause d'un conflit qui est cours. D'ailleurs, parions que le projet pourrira au feuilleton. Et dire qu'on croyait le copinage fini...

LE LOCK-OUT AU JOURNAL : À QUI LA FAUTE?

Le tabou autour de ces réformes concernant les dispositions ATR serait dû à l'existence d'un empire, qui, selon le chroniqueur, terroriserait les députés. Empire pour empire pour empire ? L'argument est court, pour ne pas dire simpliste. On ne joue pas dans Star Wars ! Ce n'est pas le bien contre le mal.

De plus, les fournisseurs qui existaient avant le début du conflit ne seraient pas plus touchés, aimable contradicteur, si par malheur un autre conflit devait éclater, par la redéfinition du mot «établissement» pour l'étendre au virtuel. Je crois savoir que vous comptez un certain nombre de «collaborateurs spéciaux» dans vos rangs... Ce serait la même chose que chez nous : les «fournisseurs» collaborant avec le Journal avant le conflit ne seraient pas plus affectés que chez nous si votre empire décidait de continuer à produire votre publication.

Par contre, vous avez raison sur un point : le vrai tabou que craint Claudette Carbonneau, c'est le reste... Tout le reste. Toutes ces règles vétustes qui «privilégient les travailleurs» dans nos lois du travail et qui datent du siècle dernier, quand seuls quelques ingénieurs militaires oeuvrant au Pentagone avaient entendu parler d'un truc qui s'appelait Internet.

Qu'on redéfinisse ou non le mot «établissement» est à côté de la plaque. La façon de créer des relations employés-employeurs plus flexibles, plus modernes et plus gratifiantes pour les patrons comme pour les employés, c'est ça le défi du 21e siècle. Et sur ce programme, tous les milieux d'affaires seront là pour livrer bataille.

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