/homepage
Navigation

«Rien n'aurait pu le sauver»-Dr Stephan Lynn

Le docteur Stephan Lynn se souvient du soir du 8 décembre 1980 où il a accompagné le regretté John Lennon dans les derniers instants de sa vie.
© Marie-Joëlle Parent Le docteur Stephan Lynn se souvient du soir du 8 décembre 1980 où il a accompagné le regretté John Lennon dans les derniers instants de sa vie.

Coup d'oeil sur cet article

NEW YORK | Il a tenu le cœur de John Lennon dans ses mains pour tenter de le réanimer. Il a lui-même annoncé la tragique nouvelle à Yoko Ono. Trente ans plus tard, le docteur Stephan Lynn raconte les derniers instants de la star. Avec le recul, il est convaincu que même la médecine actuelle n'aurait pu le sauver.

Dr Stephan Lynn, 63 ans, se souvient du soir du 8 décembre 1980 avec une précision de chirurgien. Il n'avait que 33 ans à l'époque, il venait de finir ses études et était déjà directeur de l'urgence du Roosevelt Hospital, où il travaille toujours d'ailleurs.

Je le rencontre sur les lieux mêmes où John Lennon a été transporté d'urgence sur l'épaule d'un policier peu avant 23 h. Le médecin venait tout juste de rentrer chez lui après une journée de 13 heures quand il a reçu l'appel de l'hôpital.

« Je sais qu'il était déjà mort à son arrivée à l'urgence. Il n'avait plus de pression artérielle, plus de pouls, il était gris, il ne ressemblait en rien à John Lennon », confie le Dr Lynn, qui ne savait pas à cet instant qu'il avait affaire à la star planétaire.

« La police a toujours dit qu'il avait marmonné quelques mots dans la voiture, j'en ai toujours douté », dit celui qui reçoit chaque année des demandes d'entrevues du monde entier. « Pour le 30e anniversaire, l'intérêt est plus fort que jamais», dit-il.

« Tout s'est passé en 15 minutes, nous avons ouvert sa poitrine et constaté que la moitié gauche était remplie par tout le sang de son corps. Il y avait un nombre infini de trous ».

Il sait à ce moment que le patient est bel et bien Lennon. Il a vu ses cartes d'identité, une pile de billets dans son porte-feuilles et Yoko Ono arriver en catastrophe à l'urgence.

« Il n'y avait aucun moyen de réparer tous ses vaisseaux sanguins. Nous avons transfusé du sang et j'ai tenu son cœur dans ma main pour le masser et tenter de le réanimer, sans résultat », poursuit-il.

À 11 h 15, Lennon est prononcé mort. Un lourd silence s'abat sur la salle d'opération. « Les employés pleurent, nous savions que plus rien ne pouvait être fait ».

300 journalistes attendaient

Pendant ce temps, à l'extérieur, 300 journalistes et des centaines de fans sont déjà massés sur le côté de l'hôpital. Flairant la suite, Dr Lynn ordonne que tous les instruments, draps et vêtements tachés de sang soient détruits et que le dossier médical soit enfermé dans une voûte, où il repose toujours d'ailleurs. Miraculeusement, jusqu'à ce jour, tout le personnel médical a gardé le silence sur ce qui s'est passé ce soir-là.

Dr Lynn est convaincu que Lennon n'aurait pu être sauvé. « Je pense même que s'il avait été abattu à l'extérieur d'une salle d'opération remplie de chirurgiens et d'équipement moderne, le résultat aurait été le même ». Les quatre balles tirées par Mark Chapman avaient causé des dommages irréparables. Il est aussi convaincu que le fait que les policiers aient transporté le corps plutôt que les ambulanciers n'a rien changé au scénario. Lynn a eu la pénible tâche d'annoncer la mauvaise nouvelle à Yoko Ono. « Elle a refusé d'accepter la nouvelle pendant au moins cinq minutes, elle se frappait la tête sur le mur, j'ai mis mes mains derrière parce que j'avais peur qu'elle se fracture le crâne. Elle disait : Non ce n'est pas possible, vous mentez, j'étais avec lui ». Ce n'est que lorsqu'on lui a apporté la bague de son mari qu'elle a accepté l'impensable.

Sean, 5 ans

Ono a alors demandé au docteur de retarder l'annonce publique de 30 minutes, le temps qu'elle puisse retourner au Dakota pour annoncer elle-même la nouvelle à leur fils de 5 ans, Sean. Stephan Lynn ne l'a plus jamais revue depuis. Il croisait souvent le couple puisqu'ils habitaient le même quartier et que leurs enfants allaient à la même école.

La vie de Stephan Lynn est marquée à jamais par cet événement. À 3 h en marchant pour retourner chez lui ce matin-là, il n'a pu s'empêcher d'avoir peur. « Et si quelqu'un m'affrontait en me disant Vous êtes le médecin qui n'a pas sauvé Lennon?. Je me suis senti vulnérable. Aujourd'hui, je ne peux pas m'empêcher de penser que le monde aurait été meilleur s'il avait survécu ».

Commentaires