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Ces syndicats qui nous gouvernent

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Cette chronique est la première d'une série de cinq. Nul ne peut nier l'influence prépondérante que les grandes organisations syndicales du Québec exercent sur l'opinion publique et, par conséquent, sur les politiques publiques qui en découlent souvent. Mais d'où vient cet immense pouvoir des chefs syndicaux quand ils s'adressent aux médias ou aux élus? C'est ce que j'ai cherché à savoir.

LA LIBERTÉ D'ASSOCIATION

La liberté d'association est une liberté fondamentale inscrite en toutes lettres dans la Charte canadienne des droits et libertés de 1982. Bien sûr, la liberté d'association n'a pas été créée par une disposition juridique, aussi importante soit-elle. Mais depuis 1982, cette liberté fondamentale «ne peut être restreinte que par une règle de droit, dans des limites qui soient raisonnables et dont la justification puisse se démontrer dans le cadre d'une société libre et démocratique». Je vous fais grâce de l'abondante jurisprudence qui est venue jalonner ce grand principe depuis. Mais bien que la Charte canadienne en excède plusieurs par la manière odieuse dont elle a été adoptée sans le consentement du Québec, dont je suis, très peu de nos citoyens iraient maintenant jusqu'à remettre en question la légitimité de cette liberté d'association.

La liberté d'association ne concerne pas que les syndicats d'employés, tant s'en faut. Il peut s'agir de travailleurs bénévoles qui décident de s'associer sous une forme ou sous une autre dans le but de mieux organiser leurs activités. Ça peut aussi être un regroupement ponctuel de victimes qui veulent s'unir pour faire valoir leurs droits. Ou, encore, un club de bridge. La liberté d'association recoupe une infinité plus ou moins complexe de types d'activités. Elle présuppose même son corollaire : la liberté de ne pas s'associer avec qui que ce soit!

FAIRE LA GRÈVE

Ceux qui connaissent un peu l'histoire de la ville de Paris savent que l'expression «faire la grève» vient en fait d'un contresens historique. En effet, non loin de là où est située l'actuelle place de l'Hôtel de Ville existait une «grève» (c'est-à-dire une berge) en bordure de la Seine. Loin de faire la grève au sens moderne du terme, des employés non qualifiés s'y regroupaient pour se trouver un boulot pour la journée. C'est de là que viennent les expressions «être en grève», «faire la grève», «gréviste», etc. Admettons que c'est plus joli que «being on strike» !

Quoi qu'il en soit, il est admis aujourd'hui que la liberté d'association, en ce qui concerne les syndicats d'employés ou de salariés, comporte le droit de faire la grève aux conditions juridiques énoncées au début. Pour les non-syndiqués, la Loi sur les normes minimales du travail s'assure de protéger les salariés.

Il faut dire, reconnaître et répéter que ce ne fut pas le cas tout le temps. Même les libertés de s'associer, de protester, de faire valoir ses droits et de faire la grève ont été niées pendant des années, pour ne pas dire des siècles. La situation actuelle est le résultat de luttes de classes, de combats épiques et d'énormes souffrances. Ce n'est qu'au 19e siècle que les mouvements syndicaux ont commencé à s'organiser réellement.

Au Québec, l'équilibre des forces entre employeurs et employés n'a pas été acquis avant les années 1960. Dans la fonction publique, l'arrivée de la sécurité d'emploi enchâssée dans de lourdes conventions collectives a laissé poindre le retour du balancier... Durant la décennie suivante, avec l'arrivée du Parti québécois au pouvoir et son fameux «préjugé favorable aux travailleurs», l'équilibre a été bel et bien rompu... dans l'autre sens. En toute honnêteté, il faut bien admettre que certains importants employeurs de l'époque avaient toujours une grossière mentalité du Far West ! Ils ont eu ce qu'ils méritaient.

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