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Opinion

Oui, la richesse. Mais...

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Le BAPE a remis son rapport sur l'exploitation des gaz de schiste au ministre Pierre Arcand, hier. Le document hautement confidentiel est encore tout chaud que déjà le critique en matière d'environnement du Parti québécois, Scott McKay, réclame sa publication intégrale sur-le-champ. On argumente bêtement la transparence et l'urgence d'agir, comme si le ministre Arcand avait quelque chose à cacher à la population et que celle-ci faisait face à un péril indescriptible. Erreur stratégique du PQ, encore une fois.

Toutefois, il faut aller jusqu'au bout de la réaction du PQ pour y saisir quelques informations intéressantes qui pourront servir au ministre Arcand, s'il ne le sait déjà. Scott McKay fait allusion, à juste titre, à un article fort intéressant publié par le quotidien New York Times, en fin de semaine, sous la plume du journaliste Ian Urbina, basé à Washington, qui a eu accès à d'importants rapports de l'Environmental Protection Agency portant sur l'exploitation des gaz de schiste dans certains États américains. Ces documents ont été obtenus grâce à des demandes d'accès à l'information présentées par Urbina.

On y apprend, dans cet article, que plusieurs éléments demeurent inconnus relativement aux activités d'exploitation. La technologie semble être déficiente quant aux mesures de sécurité. Fait étonnant et qui peut soulever des inquiétudes, les eaux utilisées dans le processus de fractionnement de la roche sédimentaire recèlent des traces importantes de substances radioactives. Au terme des opérations de traitement de ces eaux usées, on ne semble pas pouvoir éliminer convenablement les traces radioactives en deçà d'un seuil minimalement acceptable. Même traitées en usine, ces eaux se retrouvent dans les bassins versants et les cours d'eau servant à alimenter les populations humaines. Ces informations pertinentes doivent servir de leçon.

Au lieu de suggérer des mesures étriquées dans le cadre d'une législation devant servir à encadrer les activités au Québec, le Parti québécois hurle pour un moratoire, alors qu'il n'existe aucune activité d'exploitation des gaz de schiste au Québec. L'opposition péquiste, qui suggérait il n'y a pas si longtemps le forage du pétrole en haute mer au large des côtes québécoises, n'est même pas foutue de suggérer une commission scientifique qui pourrait être chargée de faire ses recommandations au ministre avant l'adoption d'une loi cadre sur toute cette question. Où en sommes-nous, au Québec, sur le plan des technologies et de la science? Que pourrions-nous apprendre des erreurs américaines en Pennsylvanie et au Texas? Quels sont les garanties environnementales et le suivi que nous devrons exiger des compagnies qui veulent faire de l'exploitation des gaz de schiste au Québec?

Voilà ce que le Parti québécois aurait dû claironner, depuis hier, au lieu de crier au loup, comme il le fait trop souvent, depuis des mois. À défaut d'avoir une opposition constructive, il en revient aux ministres Pierre Acand et Nathalie Normandeau d'amorcer une sérieuse réflexion à partir du rapport soumis par le BAPE. Rien n'exige la précipitation réclamée par le PQ sur la publication du rapport. Au contraire ! Livrer le rapport aux démagogues et aux éteignoirs ne ferait qu'empirer la situation. Mieux vaut prendre le temps de digérer l'information afin de prendre une décision éclairée. Une chose demeure certaine : le Québec n'a pas besoin d'un second Shannon ou d'un remake d'Erin Brokovitch.

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