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Opinion

Le curé polonais et l'agnostique

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Je me suis retrouvé encore à l'urgence. J'écris ce texte de l'hôpital où je me trouve toujours et je risque de m'y trouver encore plusieurs jours. J'ai failli y passer. La dernière fois c'était une fausse alerte. Cette fois c'était bien réel. Des embolies pulmonaires. Mes poumons maculés de sang. Un caillot aux poumons ou au coeur et c'en était fait de mon aventure sur Terre.

Une expérience pénible

Les chambres uniques dans les hôpitaux sont très rares. Elles vont en priorité à ceux qui doivent être isolés pour des raisons épidémiologiques. Je n'ai pas la chance d'être si contagieux, ni mon colocataire, bien qu'il ait l'air encore moins en forme que moi. Mon coloc a beaucoup de visiteurs (de visiteuses surtout). Des dévots de la paroisse. Ils parlent surtout polonais, et anglais avec le personnel. Ils sont très catholiques. Les femmes sont loud, presque hystériques.

Insupportable

C'est insupportable. Des prières en pleine nuit. De la lumière. Des beep beep qui signifient qu'un soluté de l'autre côté du rideau est vide et que personne n'arrête, même après trois avertissements. Un simple rideau pour séparer ce capharnaüm délirant de ma relative quiétude. Tak ! Je vous jure j'apprends même des rudiments de polonais.

Insupportable, je vous dis. Même le personnel -impeccable -a de la compassion pour moi. Aujourd'hui, ils vont essayer de déménager le contingent dans une autre chambre... Après une semaine de supplices.

Un vrai dilemme

Les traitements contre ma tumeur cérébrale ont affecté mon système au complet, mais particulièrement ma masse musculaire et la fluidité de mon sang. Jusqu'à en faire des embolies pulmonaires. Je trouvais ma convalescence pénible. Je commençais à me demander si c'était moi qui ne faisais pas assez d'efforts. En fait, j'avais plein de caillots de sang dans les veines. Imaginez, je suis allé au Mexique dans cette condition.

Comme m'a dit la jeune urgentologue présente ce soir-là : damn if you do, damn if you don't ! Traduction, si tu te fais soigner pour l'embolie avec injection quotidienne pour le reste de ta vie, tu risques de réactiver ta tumeur au cerveau et si tu traites ta tumeur tu risques de relancer les embolies. Je suis allé au plus pressant, conseillé de ma blonde et de mon oncologue. J'ai décidé de traiter les embolies d'abord et d'embarquer dans un programme de réadaptation, sans même avoir vu l'effet que ma radiothérapie et ma chimio ont eu sur ma tumeur !

Pas le plus séduisant

Gonflé par le decadron, cheveux rasés par la radio, muscles fondus , disons que je ne suis pas à mon plus séduisant. Mais la priorité c'est de se remettre en forme... pour se prêter au nouveau protocole de chimio afin de retarder le triomphe de ma tumeur cérébrale.

Si on m'avait dit ça hypothétiquement il y a bientôt quatre ans, je crois que j'aurais dit no way, le parcours du combattant très peu pour moi. Pourtant, quatre ans plus tard, je suis toujours là à me battre. C'est fort l'instinct de survie... Je ne sais combien de temps je serai capable de vous écrire encore, mais tant que je le pourrai je le ferai !

Il ronfle

Ils ont changé le curé polonais, avec tout son cortège, mon nouveau coloc ronfle comme un ours !

audet_commentaire@journalmtl.com

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