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Témoignage

Un calvaire sans fin

Depuis qu'elle a été défigurée par le pitbull de sa voisine, en 2008, Marie-Hélène Tokar est plongée dans un véritable cauchemar.
©Agence QMI Depuis qu'elle a été défigurée par le pitbull de sa voisine, en 2008, Marie-Hélène Tokar est plongée dans un véritable cauchemar.

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Depuis qu'elle a été défigurée par le pitbull de sa voisine, en 2008, Marie-Hélène Tokar est plongée dans un véritable cauchemar.

« Je n'ai plus de vie, et personne ne semble pouvoir m'aider », confie Mme Tokar, en refoulant quelques larmes.

Son calvaire a débuté en septembre 2008, alors que le pitbull de sa voisine a bondi à son visage et lui a arraché le nez.

Lorsqu'elle a été hospitalisée à l'Hôpital Notre-Dame, les médecins ont d'abord tenté de remettre en place son nez, mais la greffe n'a pas tenu. « Sept jours après, ils ont été obligés de tout enlever », dit-elle.

Le 6 octobre 2008, une tentative pour lui reconstruire un nouveau nez s'est, encore une fois, soldée par un échec. Cette fois, c'est un problème de circulation sanguine qui a forcé un retour à la case départ.

L'espoir qui fait mal

« Depuis ce temps, c'est fini; aucune autre opération, mais beaucoup de complications: des ACV, dépressions, migraines, de l'infection dans mes blessures, et j'en passe », soupire-t-elle.

L'espoir de retrouver une vie normale s'est à nouveau manifesté, au début de l'année 2011. Le plasticien de Mme Tokar l'a alors envoyée chez un autre médecin pour qu'elle se fasse installer un nez en plastique.

« Quand je suis allée dans son bureau, elle m'a dit qu'elle ne pouvait rien faire pour moi. Elle s'occupe seulement de patients souffrant d'un cancer. Leurs frais sont couverts par l'assurance- maladie, mais ce n'est pas le cas pour moi », se désole-t-elle.

Cette autre gifle l'a plongée dans une dépression qui a entraîné une nouvelle hospitalisation. « Cette annonce est venue démolir mon espoir d'avoir un visage comme tout le monde. Je n'ai pas les quelques milliers de dollars qu'il me faudrait pour payer moi-même cette intervention », dit-elle.

La dame, qui réside à Saint- Hippolyte, dans les Laurentides, se demande comment le régime public peut ainsi l'abandonner, tout en s'acquittant des coûts d'interventions qu'elle juge moins prioritaires.

« Je vois du monde qui se fait opérer pour se faire enlever des vergetures sur le ventre ou pour changer de sexe, et l'assurancemaladie paie. Est-ce vraiment plus important que mon cas ? », lance-t-elle

Une spirale de problèmes

Comme si ce n'était pas assez, Mme Tokar est maintenant aux prises avec de sérieux problèmes financiers, elle qui n'a toujours pas été indemnisée par les assurances de la propriétaire du pitbull.

« Depuis l'accident, je me suis endettée de 70 000 $. J'ai vendu mes 12 chevaux, les autres animaux sur la ferme et mes bijoux. Le mois prochain, ce sera la fail-lite », confie celle qui, pendant plus de deux ans, devait débourser 400 $ par mois, seulement pour payer ses médicaments.

Ne voyant pas la lumière au bout du tunnel, Mme Tokar, qui a déjà tenté de se suicider, est vraiment au bord du désespoir

« Quand tu déboules un escalier, la course se termine quand tu es rendu en bas. Disons que je suis actuellement à l'avant-dernière marche, dit-elle. Je n'ai aucune raison de me lever le matin, car je ne peux même pas travailler. J'ai tout perdu; il ne me reste plus rien. »

* * *

SI VOUS AVEZ BESOIN D'AIDE :

SOS Suicide

www.sos-suicide.org 1-800-595-5580

Suicide Action Montréal

www.suicideactionmontreal.org (1-866-277-3553) partout au Québec

Jeunesse, J'écoute

www.jeunessejecoute.ca 1-800-668-6868

Tel-Jeunes

www.teljeunes.com1-800-263-22660

* * *

Q

Quels ont été les impacts de votre accident sur votre vie familiale ?

R

Ce fut très dur pour mon couple. Nous sommes présentement séparés. De plus, deux de mes fils ont fait des dépressions.

Q

Cet accident vous cause-t-il d'autres problèmes ?

R

J'ai beaucoup de douleurs et je saigne sou-vent du nez. S'il y a du vent, je m'étouffe. Même chose si j'ai un petit rhume, car les sécrétions vont directement dans ma gorge. J'ai aussi de la difficulté à manger.

Q

Que pensez-vous de notre système de santé ?

R

Le système de santé au Canada fonctionne très bien, tant et aussi longtemps que tu n'en as pas besoin.

serge.forgues@journalmtl.com

Les regards qui tuent

« Les gens me regardent avec dégoût. Les seules personnes qui sont honnêtes avec moi et qui ne tournent pas la tête quand ils m'aperçoivent, ce sont les enfants. »

Tel est le quotidien de Mme Tokar, depuis qu'un pitbull lui a arraché une partie du visage. « Je ne sors plus de mon coin, je n'ose plus me montrer, dit-elle. J'ai passé tellement de journées à pleurer parce qu'on m'avait regardée de travers. »

Perdre son refuge

Malgré le fait que ses concitoyens de Saint-Hippolyte sont bien au fait de son histoire, Mme Tokar dit ressentir le même rejet dans sa propre communauté.

« J'ai effectué quelques tâches dans le restaurant d'une amie à moi. J'ai toutefois arrêté, car des clients se sont plaints », relate-t-elle.

Mais ça n'a pas été suffisant.

Puisqu'elle passait beaucoup de temps à l'intérieur du commerce, pour ne pas rester enfermée dans son minuscule logement au sous-sol du restaurant, certaines personnes ont continué à déplorer sa présence.

« Je vais arrêter d'y aller, dit-elle. Je ne veux surtout pas nuire aux affaires de mon amie. »

serge.forgues@journalmtl.com

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