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Sommet du hockey québécois

Pour une opposition variée

Les équipes juniors du Québec doivent jouer plus de matchs contre des formations d'autres provinces, estime Georges Larivière.
Photo d'archives Les équipes juniors du Québec doivent jouer plus de matchs contre des formations d'autres provinces, estime Georges Larivière.

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Un peu plus d'un an après que le projet eut été lancé par Gilles Courteau, le Sommet du hockey québécois est enfin arrivé. Des intervenants de tous les niveaux du milieu du hockey convergeront vers le Centre Bell, en fin de semaine, afin de proposer des recommandations sur le développement de notre sport national.

Courteau avait proposé cette réunion au sommet après que 13 joueurs québécois seulement eurent été sélectionnés au repêchage 2010 de la Ligue nationale. De plus, aucun n'avait été choisi en première ronde.

Cette année, le nombre est tombé à 11, mais 3 d'entre eux ont été réclamés au premier tour.

Malgré cette meilleure représentation québécoise dans la ronde initiale, les questions demeurent et les faits le démontrent: le nombre de joueurs québécois est à la baisse dans la LNH.

40 joueurs réguliers dans la LNH

Au cours de la dernière saison, 73 joueurs provenant du Québec ont disputé au moins un match dans la LNH pour une représentation de 7,5 %, chiffre fourni par le docteur Georges Larivière, détenteur d'un doctorat en éducation physique, dont la thèse portait sur le hockey.

Par contre, une quarantaine d'entre eux seulement ont joué sur une base régulière.

Figure avantageusement connue dans les cercles du hockey québécois, M. Larivière traitera du développement des joueurs de 16 ans et plus à travers les programmes d'excellence lors de son intervention au Sommet, demain matin.

Quand on lui demande si notre hockey est malade, il répond par une question. « On doit se demander si notre hockey est si déficient ou si différent », nuance-t-il.

« Il n'y a pas de mal à être différent, mais pour répondre à la question que je me pose, je dirais que notre hockey est à la fois déficient et différent. »

Toutefois, M. Larivière estime que la situation n'est pas catastrophique. Au contraire, il pense que le hockey québécois possède les outils pour bien se repositionner.

« On a tout ce qu'il faut pour produire des joueurs de hockey, mais on n'a aucun contrôle quant au nombre qui va obtenir du travail dans la Ligue nationale », dit-il.

Le Canadien a une responsabilité à cet égard. Pour le moment, Mathieu Darche et David Desharnais sont les seuls Québécois faisant partie de sa formation.

Méthode éprouvée

M. Larivière a son idée sur ce que la LHJMQ devrait faire pour aider au développement de ses joueurs, proposition qu'il remettra à Gilles Courteau en fin de semaine et dont il nous fait part.

« Il faut soumettre nos joueurs à différentes compétitions », pense-t-il.

« Au lieu de leur faire jouer 68 matchs entre eux, on devrait les opposer, quelques fois au cours de la saison, à des équipes des ligues de l'Ontario et de l'Ouest, ainsi qu'à des formations européennes.

« Ça leur permettrait d'ouvrir leurs horizons de jeu. On ne les expose pas suffisamment à des systèmes et à des mentalités différentes. On doit leur donner la chance de se produire dans toutes sortes de situations de match.

« À mon avis, un match contre une équipe qui nous est étrangère équivaut à quatre, cinq ou six rencontres contre des formations qu'on affronte sur une base régulière. » M. Larivière a été témoin de ce type de compétition entre les ligues élites de Tchécoslovaquie et de Suède durant ses années dans le rôle de directeur technique de la Fédération de hockey italienne.

« Les équipes s'affrontaient selon les positions qu'elles occupaient dans leur circuit respectif et je vous dis que celles de dernière place faisaient tout pour procurer des points à leur pays », raconte-t-il.

« Ça faisait un apprentissage fantastique. »

* * * *

Georges Larivière a enseigné à l'Université du Québec à Trois-Rivières, à l'Université Laval et à l'Université de Montréal, où il a dirigé aussi la faculté d'éducation physique. Il a été aussi entraîneur en chef des Bisons de Granby et entraîneur adjoint avec les Lynx de Saint-Jean, dans la LHJMQ. Il fut également entraîneur adjoint, sous Dave King, lors de la première conquête de la médaille d'or d'Équipe Canada junior au Championnat du monde, en 1982.

* * * * Oui à la victoire, mais...

Au Québec comme ailleurs au Canada, on entend que le hockey mineur est rongé par la grande importance que les entraîneurs accordent à la victoire.

Bien qu'il apporte un bémol, Georges Larivière ne condamne pas nécessairement cette philosophie.

« Gagner à tout prix, c'est bien, en autant qu'on respecte les règles d'éthique du concept d'équipe et du développement des joueurs », pense-t-il.

Reste à savoir si cela est réalisable. Il n'est pas facile de changer une culture incrustée depuis longtemps.

Dans un monde idéal, les entraîneurs seraient payés, comme cela se voit dans plusieurs sports en Europe.

En Italie, où il n'y a que 7 200 joueurs de hockey, on fait appel à des entraîneurs de carrière. Au Québec, les entraîneurs, qui sont bénévoles, font pour la plupart un travail remarquable. Mais il leur manque des outils.

Rendus au niveau midget AAA ou junior, ils jouent leur tête, et certains joueurs en paient le prix.

Chance égale à tout le monde

C'est ce à quoi M. Larivière fait référence quand il insiste sur l'importance d'appliquer les règles du jeu collectif et du développement des joueurs.

« Tout le monde veut gagner, mais on retrouve des joueurs qui n'ont jamais été utilisés dans les unités spéciales en trois ou quatre ans passés dans les niveaux bantam, midget AAA et junior », souligne-t-il.

« Pourtant, c'est important d'enseigner ces phases du jeu quand ils sont à cet âge. » M. Larivière estime, notamment, que les joueurs de 17 ans sont mal utilisés. « Ils sont les plus délaissés au niveau junior », continue-t-il.

« On les utilise dans les troisième ou quatrième trio. En ne jouant pas régulièrement, ils n'ont pas la chance d'être invités à des camps nationaux.

« Pourtant, on retrouve du talent à cet âge. Il faut s'occuper davantage de ces joueurs et les exposer à des situations qui vont leur permettre de progresser et d'être bien cotés quand ils seront admissibles au repêchage de la Ligue nationale.» Car si un joueur n'est pas repêché à 18 ans, il n'a pratiquement plus de chance de l'être à 19 ans, ajoute monsieur Larivière.

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