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Le « petit grand musée » de Ground Zero

Le « petit grand musée » de Ground Zero
Les clichés de Gary Marion Suson ont été repérés par le Syndicat des pompiers de New York qui lui a confié le mandat d’une vie : un accès à Ground Zero pendant sept mois pour documenter les recherches de 343 pompiers disparus.

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NEW YORK | Gary Marlon Suson est le seul photographe qui a eu accès à Ground Zero pour documenter les recherches des pompiers dans les mois qui ont suivi les attentats du 11 septembre 2001. Il a accumulé près de 3000 clichés et de rares artéfacts qu’il présente maintenant au public dans ce qu’on surnomme le « plus petit grand musée » de New York.

Le « Ground Zero Museum Workshop » est tout petit, à peine 1000 pieds carrés, mais on n’en ressort pas moins bouleversé.

Ce qui était jadis son studio de photographe est rempli à craquer d’objets qui témoignent de l’horreur. Chaque relique est reliée à une histoire narrée par Gary à travers un guide audio.

Il y a cette horloge trouvée dans la station de train sous le World Trade Center (WTC), dont les aiguilles affichent 10:02 et 14 secondes, moment où la tour Sud s’est écroulée. Ou ce bout de fuselage de l’avion qui a foncé sur la tour nord. Ou ces

canettes de bière vintage trouvées un peu partout dans les décombres. Les ouvriers les avaient cachées dans les poutres lors de la construction en 1971. On retrouve aussi de rares morceaux de vitre du WTC. Rares puisque 99 % des 42 000 fenêtres ont été réduites en poussière.

Le mandat d’une vie

En 2001, Gary n’était qu’un simple photographe de mode originaire de Chicago, acteur et scénariste à ses heures. Dans les jours qui ont suivi les attentats, il a mis en ligne des photos de la ville en deuil sur le site SeptemberEleven.net. Ses clichés ont été repérés par le Syndicat des pompiers de New York, qui lui a alors confié le mandat d’une vie : un accès à Ground Zero pendant 7 mois pour documenter les recherches des 343 pompiers disparus.

Il y avait quelques conditions : il ne serait pas payé, ne pourrait publier ses clichés qu’à la toute fin et tout profit serait versé à des œuvres de charité pour les familles.

Gary était loin de se douter dans quoi il s’embarquait. Il en garde encore aujourd’hui des séquelles. Il a passé 7 mois en marge de son monde, de 16 à 19 heures par jour dans le ventre du monstre, entouré de morts. Il pleurait seul le soir en rentrant. « Je n’avais personne à qui parler, personne qui comprenait ce qui se passait là-bas ».

Endetté et dépressif

Il a souffert d’une sévère dépression entre 2002 et 2005. « Ce fut trop pour moi, j’ai voulu quitter à cinq reprises, je n’avais pas été préparé à ça, je ne suis pas un secouriste », dit celui qui s’est endetté de 20 000 $. L’électricité a été coupée à quatre reprises chez lui. « Je ne me sentais pas à la hauteur de couvrir cette catastrophe », confie-t-il.

Il y a eu des moments qui l’ont poussé à continuer comme lorsqu’il a trouvé dans les décombres une page de la bible, 80 pieds sous terre. C’était une page de la Genèse 11, la Tour de Babel. Le passage suivant était surligné en jaune : « Et l’Éternel dit : voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue ». « J’ai vu ça comme un signe », a commenté Gary.

C’est une visite aux Pays-Bas en 2004, à l’intime musée Anne Frank qui lui a donné l’idée de faire la même chose à New York.

« Les larmes qu’on verse dans mon musée font partie du processus de guérison. Si on ne peut pas se connecter à la catastrophe, on ne peut pas guérir ».

Gary travaille en ce moment à l’écriture d’une pièce de théâtre Off-Broadway sur les pompiers de Ground Zero, American Brother. Le prix d’entrée au Ground Zero

Museum Workshop est de 25 $. Les recettes sont versées à six œuvres de charité pour les familles des pompiers. Par exemple, 20 000 $ ont servi à payer de nouvelles dents à un pompier qui, suite à un cancer, les avait toutes perdues. www.GroundZeroMuseumWorkshop.com.

 

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