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11 septembre | 10 ans après

Des Québécois ont gardé des séquelles

Des Québécois ont gardé des séquelles

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Dix ans après les attentats du World Trade Center, deux Québécois qui ont vécu la tragédie de près gardent des séquelles.

« Si je sens une odeur de fumée, je sais que ça ne va pas aller, je ne dormirai pas de la nuit », confie la Montréalaise Nadia Seraiocco. Les premières années, j’avais des rêves où je faisais des plans pour sortir les gens des tours », dit celle qui a souffert d’un choc post-traumatique après les attentats. Elle a dû faire un an et demi de thérapie.

Pour Daniel Laporte, architecte québécois qui vit à New York depuis 11 ans, le stress d’une autre catastrophe est toujours présent. « L’adrénaline monte plus facilement, tu as les yeux plus ouverts, tu recherches des signes quand tu entends des ­sirènes, tu ne peux t’empêcher de penser au pire, je me demande tout de suite où est ma fille ».

Le premier avion a frôlé le toit de son ­immeuble. Il devait amener sa mère manger au restaurant Windows of the World, au sommet du World Trade Center, ce jour-là.

Jean Brassard, comédien québécois vivant à New York depuis près de 20 ans, voit les choses autrement. « Malgré les efforts des médias américains de nous garder dans la peur, les New-Yorkais vivent leur vie de façon plutôt décontractée. Il a fallu environ deux ans pour que le cours de la vie reprenne son flot ». Il se trouvait en Europe au moment des attentats.

Nadia Seraiocco, elle, se trouvait à l’hôtel ­Embassy Suites, à côté des tours. Elle était responsable des relations média de l’événement Québec New York. Elle se souvient des détails de cette journée avec précision, des sirènes qui ont retenti dans l’hôtel pour l’évacuation, de la cravate flottant au vent d’un homme dans son plongeon vers la mort, de cette policière avec des tresses qui hurlaient aux gens de marcher vers le Nord, du deuxième avion qui est descendu bas avant d’exploser dans la tour Sud, des banderoles de papier d’imprimante que les gens déroulaient des fenêtres et de l’épais nuage de débris qui s’est arrêté à deux coins de rue d’elle.

La peur des hauteurs

Son retour à Montréal a été difficile. « Je ne dormais pas très bien, j’étais très alerte, j’avais du mal à aller au centre-ville de Montréal, j’avais toujours l’impression qui allait arriver quelque chose ».

Elle a refusé un emploi parce que c’était au 12e étage d’une tour.

À l’aube de ce triste 10e anniversaire, Mme ­Seraiocco remet les choses en question. « Chaque année, tu réalises les choses qui vont te rester. Tu gardes une vulnérabilité. J’étais très résistante au stress avant », dit celle qui est revenue à New York quelques fois depuis, mais n’est jamais retournée à Ground Zero.

Elle compte s’y rendre sous peu en pèlerinage et filmer son expérience. Elle a d’ailleurs écrit une poignante fiction inspirée de ce qu’elle a vécu intitulée « Les Fourmis » (www.cheznadia.com).

« Je ne me souviens pas où et comment il a atterri, j’ai rayé ce détail de l’histoire et, ma mémoire et moi avons fait le pacte de ne jamais savoir », écrit-elle à propos de cet homme qu’elle a vu sauter des tours.

Avec les années, l’étrange sentiment de culpabilité d’avoir survécu s’estompe. « Tu n’es pas investie d’une mission divine parce que tu as vécu le 11 septembre. Tu commences à aller bien quand tu comprends que c’était un hasard ».

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