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Le Québec | Une histoire de famille

Les Phaneuf

Le premier Phaneuf, un esclave?

Le premier Phaneuf,  un esclave?

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Lorsqu’il ouvre les yeux ce matin du 11 août 1704, le jeune Matthias Farnsworth, 14 ans, ignore que sa vie va basculer. Comme d’habitude, il va travailler dans l’un des champs qui entourent le village de Groton, tout près de Boston. Ce sera cependant sa dernière journée dans la région. Ses voisins et sa famille ne le reverront plus jamais.

Durant ce mois, les Amérindiens de la nation Abénakis vont attaquer plusieurs petits villages de la Nouvelle-Angleterre, dont celui de Groton. Cette attaque-surprise du 11 août fait partie d’un plan orchestré par les Français dont les Abénakis sont alors les alliés.

Dans les griffes des Abénakis

Fait prisonnier, le jeune Matthias est amené dans un tout petit village fortifié de 250 habitants situé au nord de l’île de Montréal, sur le bord de la Rivière des Prairies. Dans la quarantaine de cabanes de Sault-au-Récollet vivent des Amérindiens « domiciliés » que des religieux cherchent à transformer en bons paysans catholiques.

Le sort que réservaient les Amérindiens à leurs prisonniers était souvent horrible. Bon nombre étaient torturés. Il était aussi courant de réduire les prisonniers au rang d’esclaves.

Avec l’arrivée des Européens, ces derniers devinrent l’objet d’un trafic lucratif. En Nouvelle-France, il arrivait que des seigneurs, des marchands et même des religieux s’achètent des esclaves. De 1680 à 1830, il y aurait eu dans la colonie près de 4 200 esclaves. Les deux tiers furent des Amérindiens.

Pendant quelques mois, le jeune Matthias Farnsworth agit comme domestique.

On ne sait trop comment il a été traité au quotidien, mais dans les faits, son statut est celui d’esclave.

Les recherches minutieuses menées par son descendant, Jean-Marc Phaneuf (avec le concours de Guy Letellier), ne font état d’aucuns sévices particuliers.

N’étant ni Noir, ni Amérindiens, les religieux de Sault-au-Récollet le remarquent rapidement et le prennent sous leur aile. Comme la colonie manque d’hommes, on voit en lui un futur habitant. Les Sulpiciens décident donc « d’acheter » le jeune homme en vue d’en faire un bon catholique.

De Farnsworth à Phaneuf

Et ils ne seront pas déçus ! Le 10 janvier 1706, Matthias, parrainé par Claude de Ramezay, le gouverneur de Montréal, est officiellement baptisé sous le nom de Claude-Mathias Farneth. Le 30 octobre suivant, il est « naturalisé », l’équivalent de la citoyenneté d’aujourd’hui, et signe Farnet. Après avoir travaillé quelques années pour la congrégation religieuse des Sulpiciens, on lui concède une terre tout près de Sault-au-Récollet, sur les rives de la Rivière des Prairies. Le 2 octobre 1713, il épouse Catherine Charpentier. Sur le contrat de mariage, Claude-Mathias signe désormais Fanef.

Le couple aura dix enfants, la norme de cette époque. Leur aîné, Claude, se mariera deux fois et aura, à lui seul... 20 enfants ! De son vivant, l’ancêtre des Phaneuf connaîtra 109 des 114 petits-enfants mis au monde par ses propres enfants. On imagine les dernières fêtes de Noël.

Fermier et marguiller

Petit-fils d’un puritain du Massachusetts originaire de Manchester en Angleterre, Claude-Mathias, qui signe Fanef lors de son mariage, puis Phaneffe et Faneuf sur des contrats légaux datés de 1735 et 1740, s’intègre parfaitement à sa communauté.

En 1724, il est même élu marguiller de sa paroisse et gère les affaires de la fabrique.

En 1751, Claude-Mathias franchit le cap de la soixantaine, un âge vénérable pour l’époque. Il cède sa propriété à ses fils, Pierre et Paul, et déménage avec sa femme à Saint-Antoine-sur-Richelieu où il s’éteint, le 7 août 1773.

C’est dans le cimetière de l’église de cette jolie municipalité de la vallée du Richelieu que sera érigé, en 1999, un monument à la mémoire de cet ancêtre exemplaire qui aurait pu connaître un destin bien différent.

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