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La chronique de Michel Hébert

La vérité toute simple

La vérité toute simple
Photos d’archives

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Quel bel automne inspirant, vous ne trouvez pas ? On a même eu droit à une commission d’enquête ! D’accord, elle n’a pas le panache qu’on espérait, mais vaut mieux parfois se nourrir d’illusions.

De toute manière, on devine que ses travaux seront si longs et ardus que le prochain gouvernement la passera probablement à la trappe... En politique, disait l’homme d’État français, Georges Clémenceau, on succède parfois à des imbéciles et on est remplacé par des incapables.

Remarquez qu’un miracle est encore possible. Les libéraux sont à deux doigts de sombrer définitivement dans les bas-fonds de l’opinion publique. Ce qui sera franchement injuste pour des ministres dévoués et talentueux comme Line Beauchamp, Pierre Moreau, Robert Dutil et Raymond Bachand.

Il n’est pas impossible que ceux qui en ont marre des faux-fuyants du chef profitent du conseil général du PLQ de ce week-end pour donner du mordant à cette pauvre commission d’enquête. Personne n’est obligé d’y témoigner et, plus grave encore, elle n’assure pas l’immunité à ceux qui s’y risqueront.

La juge, France Charbonneau, aurait de quoi se mettre sous la dent. À commencer par ce qu’a dit un vétéran collecteur de fonds libéral au sujet de la sollicitation des gens d’affaires.

Jean-Paul Boily, un avocat de Québec qui brille parmi les meilleurs depuis des années, a déclaré à TVA qu’il est « normal » de solliciter les entrepreneurs qui obtiennent des contrats gouvernementaux. « Normal », c’est le mot qu’il a utilisé.

Me Boily est apparu à l’écran, sérieux, cravaté, tout à fait crédible. Il a donné le fond de sa pensée au cours de l’émission Laroque-Lapierre, le rendez-vous politique du dimanche midi. Me Boily a expliqué les choses avec candeur, Paul Laroque n’a même pas eu à le bousculer. Me Boily a dit la vérité toute simple. On l’en remercie publiquement.

Ses déclarations m’ont rappelé les timides passages du rapport Duchesneau touchant le financement des partis politiques. « Plus ils ont de contrats, plus ils donnent ; plus ils donnent, plus ils ont de l'influence ; plus ils ont de l'influence, plus ils ont de contrats ». Et ainsi de suite.

Et voici ce qu’a dit le libéral Boily à Laroque-Lapierre : « On sait qu'un tel ou un tel a eu un contrat, bien, on va cogner à sa porte et on va lui dire : “Écoute, toi, tu fais l'affaire, tu fais des choses, est-ce que tu ne peux pas nous aider au niveau politique ? " Généralement, on a une bonne écoute, surtout lorsqu'on est au gouvernement ».

La dernière phrase résume tout : « On a une bonne écoute lorsqu’on est au gouvernement ». Comprendre évidemment qu’on collecte plus facilement du fric quand on est au pouvoir. Parce qu’au pouvoir, on a de l’influence. Et l’influence attire le fric et ainsi de suite... C’est comme ça depuis la nuit des temps.

La mafia agit pareillement. Quand un restaurateur a du succès, les mafieux vont cogner à sa porte... Quand un entrepreneur a du succès, on lui réclame un « pizzo ». Une « cote » sur ses profits. S’il ne connaît pas les règles du jeu, il reçoit un appel : « On aimerait ça que tu viennes plus icitte »...

Le premier ministre, Jean Charest, n’est certainement pas tombé des nues en écoutant la confession de Me Boily. Il doit bien savoir, lui aussi, comment ça se passe sur le plancher des vaches.

Désenchantement populaire

Le conseil général du Parti libéral du Québec (PLQ), qui a débuté, hier soir, à Québec, bouclera une semaine cruciale pour le gouvernement libéral. Le premier ministre, Jean Charest, tient à nous convaincre qu’il fait tout ce qu’il peut. Depuis trente mois, il y travaille avec acharnement. Les choses se sont étrangement précipitées quand il est revenu d’Europe, la semaine dernière.

De Paris, on avait senti son inquiétude. Informé de ce que disaient ses ministres, il avait lancé un avertissement : « Soyons prudents. Ça va dans toutes les directions »... Plus persuasif, il avait ajouté le lendemain : « Est-ce qu’on a donné le signal d’une commission d’enquête ? Non ! »

À son retour au Québec, il était trop tard. Le contrôle du message lui avait échappé durant deux semaines ; il était devenu impossible de refuser une enquête d’envergure.

La commission Charbonneau réjouit les firmes de génie-conseil, mais déçoit le Barreau. On espérait y voir défiler les mafieux, les ingénieurs, les fonctionnaires, etc. Les voir et les entendre, mais surtout les voir. Eh bien, on ne verra pas grand monde. La commission Charbonneau travaillera surtout à huis clos et, malheureusement, les escrocs ne sont pas obligés d’y témoigner.

Notre sondage d’hier montre que les Québécois ne sont pas très optimistes quant à la suite des choses. 81 % d’entre eux croient qu’on ne parviendra pas à éliminer la collusion et la corruption dans la construction. 53 % des libéraux pensent la même chose. C’est tout dire de l’ampleur du désenchantement...

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