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Restauration | Montréal

Amendes de 52 925 $

Amendes de 52 925 $
Photo le journal de Montréal, émilie dubreuil Monica Viegas et sa fille Katia ont reçu une amende de 52 925 dollars de la Ville. Le four sur lequel travaille Sergio Cunha pollue l’air du Plateau.

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Le Roi du Plateau, une véritable institution à Montréal, doit se résigner à fermer boutique. L’arôme du bois fumé de cette grillade portugaise dérange les habitants des luxueux condominiums des alentours et la Ville a décidé de sévir. Cette intransigeance menace aussi d’autres saveurs typiques de Montréal, dont les bagels.

Le crépitement du feu de bois qui donne cette saveur inimitable aux sardines et aux calmars du Roi du Plateau pourrait bientôt se taire pour de bon.

Juste à y penser, la propriétaire des lieux fond en larme : « Ici, c’est ma famille, les clients m’appellent maman, ils vont me manquer ».

Si la famille Viegas envisage de fermer, c’est que la Ville de Montréal lui réclame près de 53 000 dollars pour avoir contrevenu à un règlement municipal sur l’assainissement de l’air, adopté en 1998.

« Ça fait 15 ans que nous sommes ici et les inspecteurs ne nous ont avertis qu’en septembre 2010. Ils nous demandent d’installer un système de ventilation qui nous coûterait cent mille dollars. Il faudrait en plus creuser un trou dans l’appartement d’en haut et c’est lui qui se retrouverait avec la fumée. C’est impossible. » Le Roi du Plateau doit passer en cour, en avril prochain.

Son voisin aussi

Neil Lopes, fils du propriétaire du célèbre poulet boucané de la rôtisserie Portugalia, a décidé l’an dernier de prendre la relève et de revamper le commerce de papa situé juste en face du Roi du Plateau sur Rachel. Après avoir obtenu les permis à la Ville et investi 200 000 dollars en rénovation, il a lui aussi reçu une amende de 53 000 dollars et n’en décolère pas.

« Qu’il mette des McDo partout s’ils ne veulent plus des saveurs qui ont fait la réputation du quartier. Mais j’ai hâte de voir ça ! Le Plateau, plus de charbon de bois ? Pas de poulet portugais ? Pas de bagels ? »

L’odeur de cuisson et de combustion émanant des rôtisseries incommoderait particulièrement les résidents du Paris Lofts, immeuble à condominiums dispendieux situé non loin de là.

En tout, la Ville a reçu une cinquantaine de plaintes dans les dernières années. Elle applique donc l’article 8.07 du règlement municipal sur les polluants atmosphériques.

Les poursuites déposées découlent du fait que les restaurateurs n’ont pas soumis de plan pour se conformer à la loi.

Fernando Rodriguez, copropriétaire du restaurant Doval a dû investir 70 000 dollars dans un système de ventilation. Lui aussi était menacé de poursuites par la Ville.

« Avant de s’attaquer aux petits commerçants, est-ce que la Ville s’occupe des gros pollueurs industriels ? »

D’autres commerces affectés
 
Fernando Rodriguez, propriétaire de Doval.
DOVAL

La grillade de la rue Marie-Anne est la coqueluche des restaurants portugais de Montréal. Ouverte il y a 40 ans, sa popularité ne se dément pas.

Mais depuis que la Ville a forcé les propriétaires à se conformer à la réglementation sur la qualité de l’air, les temps sont durs. « Installer le nouveau système de filtre nous a coûté

70 000 dollars. Chaque mois, les changements de filtre nous coûtent environ 1 200 $. Faites le calcul. À la fin de l’année, notre marge de profit a baissé substantiellement », explique Fernando Rodriguez.

Effectués il y a deux ans, ces travaux ont coïncidé avec une baisse de l’achalandage due aux travaux sur Saint-Laurent qui se sont éternisés. « Parfois, j’ai envie de mettre les clés dans la porte et d’aller travailler ailleurs. C’est dur. »

Chez Doval, on ne comprend pas les plaintes des voisins. « Ça fait 40 ans qu’on est ici ! Nous étions là avant les condos chics. »

ROMADOS

Le midi, la rôtisserie Romados est envahie d’amateurs de poulet grillé et de frites. Les Portugais y côtoient les gens branchés du Plateau qui font le détour exprès.

Les propriétaires ont été forcés d’investir un montant astronomique pour se conformer aux normes environnementales de la Ville.

Le nouveau système de filtration a coûté 150 000 dollars et la famille doit changer les filtres chaque mois. Un coût récurant de 70 000 dollars par année.

Romados qui est aussi une boulangerie se veut le chef-lieu de la communauté portugaise de Montréal, qui s’est installée dans ce quartier au début des années 1970 et a colonisé la rue Rachel jusqu’à Saint-Urbain. La plupart d’entre eux fuyaient le régime dictatorial d’Antonio Salazar.

 
La rôtisserie Romados.
 
Fairmount Bagel
LES BAGELS DE FAIRMOUNT ET SAINT-VIATEUR

Les célèbres bagelleries de la rue Fairmount et Saint-Viateur ont elles aussi reçu, l’an dernier, la visite d’inspecteurs de la Ville. Elles n’ont toutefois pas eu de contraventions. Erwin Shlafman, propriétaire du commerce établi sur Fairmount, depuis 1919, se demande d’ailleurs ce qu’il va faire.

« Je ne veux pas antagoniser la Ville, mais elle nous demande d’installer des systèmes de filtration hyper-sophistiqués impossibles à trouver au Québec. Le charbon de bois, c’est la façon de faire de nos ancêtres. Moi, j’aime bien cette odeur du charbon de bois dans le quartier, ça me renvoie à mes racines. »

Sur Saint-Viateur, on se propose de faire faire des études indépendantes sur l’émanation des particules fines pour les comparer avec celles de la Ville. Marco Sblano, copropriétaire de l’endroit, en bon homme d’affaires veut par ailleurs garder de bonnes relations avec la Ville : « Je vais faire ce qu’ils me demanderont de faire. »

SCHWARTZ’S

Ça fait trente ans que Frank travaille dans le célèbre Deli du boulevard Saint-Laurent. Si bien que ce Portugais d’origine se considère presque un peu juif...

Il y a cinq ans, l’institution a décidé de son propre chef de remplacer le grill au charbon de bois par un poêle au gaz.

« On a eu deux ou trois feux. Ça faisait de la pollution dans le restaurant. C’était mauvais pour la santé des employés et des clients, alors on n’a pas hésité longtemps ».

Chez Shwartz’s, 99 % des clients commandent du smoked meat. L’impact commercial de la conversion était donc mineur. « Quelques clients qui aiment nos steaks ont vu la différence, mais au bout du compte, c’est la qualité de la viande qui compte. »

 
Frank Silva, gérant de Schwartz’s.
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