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Enquête exclusive

Affaire réglée en 20 minutes

Sans cours ni évaluation, des écoles de conduite n’hésitent pas à vendre l’attestation nécessaire à l’obtention du permis

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Ce qu’ils ont dit...
« Si tu payes pour tout le programme, si tu t’inscris... Si tu payes 400$, on peut s’arranger... »
« Il faut juste que je change les dates.  »
— École de conduite Qazi, Montréal
« Si je mets la date d'inscription pour un mois en arrière, ça me permettra d'accélérer un peu le module. »
— École de conduite Winner, Montréal
« Je peux peut-être t’aider, répond la responsable en chuchotant. (...) Je peux faire quelque chose pour toi. »
— Entreprises Hope International Inc., Brossard
« Je peux te donner l’examen, puis tu fais ton premier paiement et si tu passes je vais te donner ton certificat.  »
« Je suis pas supposée d'faire ça... »
— École de conduite Capital, Verdun
« Va chercher l'argent à la banque, et si tu peux apporter un peu plus ce serait mieux parce que j'ai des affaires à payer.  »
— École de conduite J.R.V., Montréal
Obtenir son permis d’apprenti conducteur sans mettre le pied dans une salle de cours ou réussir un seul examen est un véritable jeu d’enfant. Il suffit d’offrir quelques billets à des écoles de conduite, vraisemblablement plus motivées par l’appât du gain que par la sécurité routière, pour obtenir la précieuse attestation.
Deux ans après la réforme qui a serré la vis aux futurs conducteurs en rendant obligatoires les cours de conduite, une enquête du Journal démontre que c’est avec une facilité déconcertante qu’on peut mettre la main sur l’attestation qui permet d’obtenir un permis d’apprenti conducteur.

Pourtant, la loi est claire : un élève doit suivre 10 heures de cours étalées sur un mois et réussir un examen au préalable.

Une situation que dénoncent avec virulence les experts en sécurité routière appelés à réagir à cette enquête (voir texte).

Ces dernières semaines, le représentant du Journal s’est présenté incognito dans 16 écoles de conduite de la région de Montréal, muni de caméras cachées.

Il s’identifiait comme un jeune homme voulant obtenir rapidement son permis et affirmait connaître le Code de la sécurité routière.

Le quart des écoles fautives

Plus du tiers des écoles visitées ont accepté de contourner les règles établies. Et le quart ont remis l’attestation au Journal sans une seule minute de cours, certaines sans même qu’un examen soit administré.

Dans trois cas, le journaliste n’a eu qu’à s’inscrire à l’ensemble des cours pour obtenir son attestation.

Une école du quartier Parc-Extension a pour sa part accepté de remettre à notre journaliste le document sans aucune condition, moyennant 405 $.

« Si tu payes pour la moitié du programme (...) on peut s’arranger », avait affirmé le propriétaire sans ambages, alors qu’un autre client était présent dans la salle.

Tout s’est réglé en moins de 20 minutes. Pas de cours, pas d’examen.

En à peine plus de trois heures passées dans les écoles fautives, nous sommes parvenus à obtenir quatre attestations sans jamais suivre un seul cours.

Le document porte pourtant le sceau des écoles, la signature d’un employé autorisé et les fausses dates auxquelles notre journaliste aurait supposément suivi les cours.

Un examen pris à la légère

À Verdun, une autre école a accepté de délivrer l’attestation sans suivre de cours, mais a exigé que notre journaliste se soumette à un examen théorique. Après deux échecs (volontaires), l’employée a tout de même accepté de signer le document.

« Je ne suis pas supposée de faire ça », a admis l’employée tout en remplissant l’attestation.

Une autre école, à Brossard cette fois, a accepté de fournir l’attestation sur le champ, mais lui a par la suite fait passer un examen théorique « pour que ça ait l’air réglementaire ».

Mais à la demande de notre journaliste, la responsable lui a fourni un document contenant toutes les réponses de l’examen.

Depuis deux ans, la SAAQ s’est désengagée et a mis entre les mains des écoles de conduite la responsabilité de faire passer les examens et délivrer les attestations pour obtenir le permis d’apprenti conducteur.

Or, il appert qu’elles sont loin de toutes être dignes d’une telle confiance.

En plus des quatre écoles fautives, deux autres écoles de conduite ont accepté de dispenser des cours en accéléré, soit en une semaine, alors que la loi prévoit un minimum d’un mois.
Les écoles visitées par le Journal à Laval et à Québec ont toutes refusé de contourner la loi.


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