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RIP pour le RIP

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Que vaut cette idée de permettre des référendums demandés par des citoyens qui seraient parvenus à recueillir un nombre prédéterminé de signatures ?

Ces référendums d’initiative populaire (RIP) existent dans de nombreux pays. Si le mécanisme est bien balisé, il permet, sur des questions très précises, un approfondissement salutaire de la démocratie. S’il est mal balisé, il peut être retourné contre l’intérêt général par des groupes de pression.

Quand les militants péquistes caressent cette idée, c’est évidemment dans l’espoir de parvenir à déclencher un référendum sur la souveraineté. Et c’est là que ça ne marche plus.

Nulle part

J’étais ministre des Affaires intergouvernementales quand le tandem Chrétien-Dion a voulu changer les règles du jeu référendaire au Québec. J’ai étudié tous les cas d’accession à l’indépendance dans l’histoire moderne en dehors des situations de décolonisation. Je continue à m’intéresser passionnément à cette question. Très nombreux, ces cas incluent notamment la Norvège (1905), l’Irlande (1938), les États issus des éclatements de l’URSS et de la Yougoslavie au début des années 1990, l’Érythrée (1993), le Kosovo (2008), le Sud-Soudan (2011) et d’autres encore.

Chaque cas est différent, mais il n’y a aucun cas où un pays est né après que les leaders indépendantistes eurent renoncé à assumer leurs responsabilités. Cela se comprend aisément quand on y pense.

Faire sécession est une des décisions les plus engageantes qu’un peuple peut prendre. Il faut donc qu’il ait une grande confiance dans ses leaders et que ceux-ci la justifient en étant à la hauteur de la tâche. Un leadership branlant ne suscitera jamais, au sein du peuple, la confiance, la volonté et l’opiniâtreté nécessaires pour quitter un pays et en fonder un autre. Un vrai chef se met à la tête de ses troupes, montre la voie, donne le ton, comme Jacques Parizeau, en 1994. Il n’attend pas que d’autres fassent le boulot à sa place. Quand le destin d’un peuple se joue, on ne met pas le contrôle des opérations entre les mains de pétitionnaires qui auront souvent aussi plus d’enthousiasme que de jugement. 

Trancher

Je comprends le dilemme du PQ. S’il prend le pouvoir en espérant tenir un référendum, mais sans en avoir la certitude, il doit très rapidement décider s’il priorise la gouvernance ou le référendum.

Selon la priorité qu’il choisit, c’est l’autre qui en souffre. Ceux qui prétendent le contraire en ressortant le vieux cliché de la marche et de la gomme à mâcher ne savent pas de quoi ils parlent.

La préparation du référendum de 1980 aurait pu être meilleure si autant de chantiers n’avaient pas été ouverts avant. À l’inverse, en 1995, beaucoup de décisions de gouvernance étaient reportées à l’après-référendum ou auraient dû l’être, comme les fermetures d’hôpitaux.

Ce dilemme se règle de deux façons. Vous promettez que vous tiendrez un référendum et vous le faites, comme en 1976 et en 1994, ou vous promettez qu’il n’y en aura pas, comme en 1981. L’électeur doit savoir, au moment de l’élection, si son vote lui achète ou pas un référendum. C’est une exigence éthique.

Un chef se conduit comme un chef ou il ne mérite pas de l’être. 

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