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Le courrier

Votre chroniqueur a tort

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Réplique à la chronique "Harper et la Soviet News TV", de Vincent Marissal (La Presse, 4 février 2012, page A8)

La semaine dernière, une journaliste du bureau national de Sun Media s’est rendue sur la Colline parlementaire avec une tablette électronique (iPad) qu’elle a utilisée pour montrer à de nombreux députés des extraits de la série Hard achetée à une société française par Radio-Canada, notre télévision d’État. Tous les députés, libéraux, néo-démocrates ou conservateurs, qui ont vu ces images se sont dits outrés d’apprendre que les deniers publics avaient été utilisés pour acheter cette série à un prix gardé secret pour ensuite la distribuer gratuitement sur une plateforme Internet lancée par Radio-Canada et appelée Tou.TV. Votre chroniqueur écrit que « Selon les critiques, cette série, malgré son nom, est plutôt soft... »

luc lavoie
 

Nous ne savons pas à quels critiques il fait référence, mais peu importe que la série en question soit soft ou hard, l’enjeu est tout autre. En effet, est-ce bien le mandat d’une société de la Couronne comme Radio-Canada d’enrichir des producteurs et distributeurs étrangers en utilisant des deniers publics pour acheter une telle série et ensuite la diffuser gratuitement sur Internet, contournant ainsi tout le système de la radiodiffusion canadienne qui repose sur les redevances payées mensuellement par les abonnés aux câbles et satellites, lesquelles servent à financer la production de contenu canadien?

Si les Québécois et les Canadiens veulent regarder des images pornographiques, soft ou hard, ils peuvent en trouver à profusion sur Internet en sachant que ces images n’ont pas été payées par leurs taxes. Il est vrai que la plateforme Tou.TV est très conviviale et qu’en ce sens, elle rend encore plus facile le visionnement de ce type de matériel. Je suis convaincu que de nombreux parents doivent se réjouir de savoir qu’une société de la Couronne rend le visionnement de ces images encore plus facile. J’ai comme l’impression que les Français qui ont vendu ce produit à Radio-Canada doivent être morts de rire devant autant d’ineptie.

comportement injustifiable

Votre chroniqueur laisse entendre que Sun Media et son pendant télévisuel, Sun News, ont travaillé main dans la main avec le gouvernement pour s’en prendre à l’intouchable Radio-Canada, le pendant télévisuel de votre journal. Or, la réalité est tout autre. Appelé lui aussi par notre journaliste à commenter ces images, le ministre du Patrimoine, James Moore, responsable devant le Parlement des agissements de cette société d’État, a choisi de s’en prendre à elle sur un ton condescendant et sexiste en l’appelant « Sunshine Girl », une référence au fait que depuis leur création il y a plus de 40 ans, les journaux Sun publient quotidiennement des photos de jeunes filles en bikini. Il lui a dit qu’elle n’était qu’un « pion » à la solde de la direction de son entreprise qui souhaiterait s’enrichir en affaiblissant la sainte Radio-Canada. Deux jours plus tard, l’éditorial principal des journaux Sun demandait la démission immédiate de ce ministre pour son injustifiable comportement. Et votre chroniqueur soutient qu’il y a une forme de connivence entre Sun Media et le gouvernement. Comme on dit, il faut le faire...

victime d’un subterfuge

Quant à la cérémonie de citoyenneté qui s’est déroulée en octobre dans les studios de Sun News à Toronto, elle avait été suggérée et organisée par le ministère de l’Immigration dans le cadre de la Semaine de la citoyenneté. Le réseau anglais de Radio-Canada a aussi diffusé, la même semaine, une cérémonie de citoyenneté. La CBC a déployé ses énormes moyens de production en déplaçant une unité mobile et tout le personnel qui vient avec sur les lieux de l’événement. Non, nous n’aurons jamais de tels moyens de production. Dans le cas de Sun News, la cérémonie a duré moins de 10 minutes et s’est déroulée dans ses studios. Personne chez Sun News, présentateurs, producteurs et cadres, n’était au courant que des fonctionnaires avaient décidé de poser en tant qu’immigrants pour remplacer de réels néo-Canadiens qui ne s’étaient pas présentés. Le réseau Sun News a appris qu’il avait été victime de ce subterfuge en même temps que tout le monde. Moins de 24 heures plus tard et sans intervention de la part de Sun, le ministre de l’Immigration, Jason Kenney, a adressé des excuses formelles à ceux qui avaient été victimes de cette inacceptable mise en scène. Ce n’est pas tous les jours qu’un ministre s’excuse auprès d’un média et nous sommes convaincus que ce n’est pas de gaieté de cœur qu’il a décidé de le faire.

Votre chroniqueur a tort. Sun News ne se présente pas comme le « Fox News du Nord ». Cette expression a été inventée par des journalistes concurrents qui n’aiment pas que des intrus bousculent l’ordre établi. Sun News a été créé pour donner un second souffle à la marque Sun qui, depuis ses débuts, a choisi de ne pas se plier aux diktats des bien-pensants. La presse écrite est en crise et, pour survivre, elle doit pouvoir offrir ses contenus sur d’autres plates-formes. Quebecor Media a les moyens et l’expertise pour opérer cette métamorphose. Elle y a investi des dizaines de millions de dollars et, contrairement à votre entreprise, qui appartient pourtant à une des sociétés les plus riches au monde, elle n’a pas choisi de s’acoquiner à une société de la Couronne comme Radio-Canada pour assurer sa survie.

Luc Lavoie,

Responsable du développement, Sun News

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