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Enquête | Fuites

Le ministre Dutil laisse encore planer le doute

Journalistes sous écoute dans l’affaire de la taupe du SPVM ?

Le ministre Dutil laisse encore planer le doute
Photo le Journal de Montréal, JEAN-FRANCOIS DESGAGNES Le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil.

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Tant la police que le ministre de la Sécurité publique ont refusé, hier, d’assurer que les journalistes ne seront pas la cible d’écoute électronique pour identifier les policiers à l’origine des fuites dans l’affaire Ian Davidson.

Le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, a laissé planer le doute, 24 heures après avoir annoncé qu’il a chargé la Sûreté du Québec (SQ) d’enquêter pour trouver les sources du coulage d’informations aux médias dans le dossier de la « taupe » du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

« Je n’interviens pas dans les enquêtes, a-t-il dit en ajoutant qu’il avait agi à la demande du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP). Moi, je prends la lettre du DPCP et je dis oui. Je serais critiqué de façon encore plus virulente si j’avais dit non. »

Porte ouverte

Parlant au nom de la Sûreté du Québec, la sergente Martine Isabelle a fait savoir que les policiers des affaires internes « feront enquête », sans préciser depuis quand cette enquête était en marche.

Elle n’a pas voulu écarter la possibilité que les policiers en viennent à demander des ordonnances judiciaires pour mettre les téléphones de journalistes sous écoute ou obtenir leurs relevés d’appels afin de débusquer des suspects.

La police de Montréal avait auparavant mené sa propre enquête interne pour savoir qui, dans ses rangs, a « coulé des informations qui ont compromis une enquête en cours et mis en danger la sécurité de certaines personnes », selon le lieutenant Ian Lafrenière.

Répétant qu’il ne s’agissait « pas d’une chasse aux sorcières », ce dernier a toutefois refusé de préciser si cette enquête avait visé des journalistes, notamment par écoute électronique.

« Pour faire de l’écoute électronique, il faut une autorisation judiciaire basée sur des faits et avoir épuisé nos autres moyens d’enquête », a rappelé le porte-parole du SPVM.

« Très préoccupant »

Craignant les dérives d’une « partie de pêche » aux sources des médias, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec n’est guère rassurée par les propos du ministre.

« Au contraire, le ministre s’en lave les mains. C’est très préoccupant », a réagi son président, Brian Myles.

L’ex-président de Reporters sans frontières, François Bugingo, a évoqué le spectre d’intrusions dans la vie privée des journalistes « comme en Iran ». « Si on ouvre la porte à ce genre d’écoutes, le pire est à venir. »

Dans le milieu du droit, on ne pouvait énumérer de précédents comparables dans l’histoire récente au Québec. De fait, Le Journal n’a pu retrouver aucun cas de policier ayant déjà fait face à la justice québécoise pour avoir divulgué des informations confidentielles aux médias.

« On est conscient qu’on touche à ce qu’il y a de plus viscéral pour les journalistes, soit la protection des sources et la liberté de presse. Mais ce n’est pas une enquête sur la conduite des journalistes », a plaidé Me René Verret, porte-parole du DPCP à Québec.

Me Verret a expliqué que le DPCP a fait parvenir une lettre au ministre Dutil, le 2 février, « pour que soient examinées des allégations relatives à des infractions criminelles qui auraient été commises par des policiers » dans l’affaire Davidson.

La dernière initiative du genre par le DPCP remonte à mars 2011, quand il a demandé au SPVM d’enquêter sur la fameuse mise en échec, au hockey professionnel, que Zdeno Chara, des Bruins de Boston, a asséné à l’ailier du Canadien Max Pacioretty.

Avec la collaboration d’Héloïse Archambault


Retraité depuis peu, Ian Davidson avait demandé un million $ à la mafia pour lui vendre la liste des 2000 informateurs secrets du SPVM, au printemps 2011. Alors qu’il n’était toujours pas accusé, il s’est suicidé dans une chambre d’hôtel, à Laval, le 18 janvier, quand l’affaire a éclaté au grand au jour.

Ce qu'ils ont dit
« C’est un terrible réveil qui donne l’impression de se trouver dans un pays comme l’Iran ou le Venezuela. »
– François Bugingo,
ex-président de Reporters sans frontières
« La possibilité théorique qu’on fasse de l’écoute est bien réelle, alors ça suffit pour alimenter les inquiétudes des journalistes. »
– Brian Myles,
président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ)
« C'est à se demander si sous les libéraux de Jean Charest, nous ne sommes pas rendus dans une république de bananes, où on traque les informateurs des journalistes et où on intimide les gens qui parlent aux journalistes. »
– – Bertrand St-Arnaud
« Ce n’est pas sur les personnes qui parlent aux journalistes qu’il faut enquêter, c’est sur les personnes qui parlent au crime organisé. »
– Sylvie Roy

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