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La cigale et les fourmis

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Je ne suis pas Grec, je ne vis pas en Grèce, alors il se peut qu’il y ait des détails locaux qui m’échappent.

Mais j’ai de la misère à comprendre que les Grecs se répandent aujourd’hui dans la rue pour achever de détruire, à coups d’émeutes violentes, ce qui subsiste encore de l’économie et de l’ordre social de leur pays en faillite.

Y a-t-il quelque chose qu’ils ne comprennent pas, ou refusent de voir?

Cela fait plus d’un an maintenant que tout le monde retient son souffle, devant les problèmes financiers de la Grèce, que la zone euro chancèle, menaçant de précipiter l’économie mondiale dans le chaos. Et ce sont eux, les Grecs, qui descendent dans la rue pour protester?

La Grèce ne fabrique pas d’avions, n’a pas de pétrole, n’a pas inventé le téléphone de demain. Les travailleurs Grecs n’ont pas la réputation d’être des bourreaux de travail - ni leurs administrateurs, des modèles de frugalité.

La richesse à crédit

Mais elle partage la zone économique, la monnaie, et le niveau de vie de pays mieux nantis, et plus industrieux qui, eux, font de l’argent.

La Grèce, elle, empruntait, pour se tenir au niveau de ses voisins. Arriva ce qui devait arriver : elle ne peut plus emprunter, n’a plus de marge de crédit. N’a plus de choix.

Personne n’apprécie les hausses d’impôts, les baisses de salaires, et de services imposées par mesure d’austérité. Alors on peut comprendre que les Grecs soient mécontents.

Mais la furie de leur réaction violente suivant l’imposition de mesures d’austérité suggère qu’il y a autre chose, du côté culturel, ou peut-être même identitaire, pour l’expliquer.

La Grèce c’est le Sud, la mer, le soleil; c’est le pays de Zorba, du retsina, le pays de la frime et de la débrouille, aussi.

Zorba le Grec pouvait avoir un sourire narquois en pensant aux protestants coincés dans leurs villes brumeuses, qui ne font même pas la sieste l’après-midi.

Des choix déchirants

Mais là, Zorba, il se fait dire, par ces mêmes gens, qu’il ne peut plus continuer de vivre comme un Grec en jouissant de la prospérité d’un Allemand. Il lui faut faire des choix. Déchirants.

Ça, au Québec, nous sommes bien placés pour compatir. La dynamique de notre rapport au Canada ressemble à celle de la Grèce à l’Europe.

Nous sommes la société distincte - ludique et festive - plus soucieuse de qualité de vie que d’avancement économique, non?

Les Québécois travaillent moins, gagnent moins, et produisent moins que la majorité des autres Canadiens. Eux s’enrichissent plus vite, mais les Québécois vivent mieux. C’est ce qu’on dit, non?

Qualité de vie à crédit

Nous sommes le pays du cirque et des festivals, de la semaine de quatre jours et de 35 heures, de la conciliation travail-famille, des garderies subventionnées - et, aussi, des infrastructures qui s’effondrent et des dépassements de coûts.

Nous ne sommes pas la Grèce du Canada, non. Mais je nous soupçonne de cacher un petit sourire narquois en pensant aux Anglais coincés dans leurs bureaux de Toronto ou de Calgary, plus riches que nous, mais qui ne semblent pas tant s’amuser.

On ne sait pas combien de temps ce Québec ludique - mais plus pauvre et moins productif - pourra tenir le coup.

Ce que la Grèce nous fait voir, c’est que le jour où le party se termine, plus personne ne rit.

Pas même les banquiers...

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