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Alors, que pensait Robert Bourassa ?

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Robert Bourassa était, en tous points, un paradoxe ambulant : un nationaliste québécois, mais fédéraliste. Élevé dans un milieu modeste, mais marié dans une famille très riche. Un premier ministre libéral, mais de sympathies socialistes. Un homme affable et drôle, mais d’apparence frigide et terne. Un homme courageux, mais qui passait souvent pour un pleutre...

Alors, qui était le véritable Bourassa ? Pour ses adversaires : un politicien ambigu, fourbe, frigide et insaisissable - un naufrageur des passions populaires. Pour ses alliés : un homme sensible et doux, un érudit, entièrement consommé par une seule cause - l’avancement économique et culturel du Québec - un patriote.

Gage de son importance historique - et de sa profonde ambiguïté - quinze ans après sa mort, à 63 ans, en 1996, les clans adverses se battent encore aujourd’hui pour tenter de définir, pour l’Histoire, le rôle - et l’héritage - de Robert Bourassa : fut-il l’habile timonier capable de garder le cap dans les tempêtes constitutionnelles ou le naufrageur, qui a su bousiller une opportunité unique de mener le Québec sur la voie de l’indépendance ?

NAUFRAGEUR, VRAIMENT ?

Cette dernière vision est celle de Jean-François Lisée, qui a accusé Bourassa, dans ses livres, Le tricheur puis Le naufrageur, d’avoir trompé tout le monde. D’avoir surfé sur la vague - très puissante - de révolte et de ressentiment, qui a suivi l’échec de l’accord du lac Meech, puis de Charlottetown, laissant croire qu’il pourrait aller « jusqu’au bout » alors qu’il n’en était rien.

Lisée remontre au front cet hiver, et publiera une version modifiée de sa thèse pour contrer le portrait de Bourassa que Georges-Hébert Germain publie lundi.

Ce dernier livre - une biographie posthume autorisée, rendue possible par une aide financière d’une fiducie d’amis de Bourassa - est manifestement motivé par la frustration des proches de Bourassa, qui ont vu leur chef défini en termes peu flatteurs par ses adversaires.

UN POLITICIEN ZEN

Les autres chefs politiques de l’époque - Trudeau, Lévesque, Parizeau, Bouchard, Mulroney - étaient des personnages flamboyants, explosifs et ombrageux, à l’ego plus gros que la porte Saint-Jean. Bourassa, lui, se la jouait zen. Détaché. Les attaques, les moqueries, les humiliations flagrantes ne semblaient jamais l’atteindre. Bourassa avait laissé son ego au vestiaire...

Comme leader, Bourassa avait compris que les Québécois sont ingérables. Ils ne suivent leur chef que lorsque leur chef les mène là où ils pensent qu’ils veulent aller

Dans les mois suivant les turbulences du lac Meech, les Québécois voulaient marcher vers l’indépendance - à laquelle lui ne croyait pas. Alors, il s’est maintenu en tête du troupeau - avec l’intention de le ramener, dès que possible, dans ce qu’il voyait comme le bon chemin.

« À ce moment-là, les Québécois étaient furieux et humiliés, et ils étaient prêts à aller très loin » me dit-il quelque temps plus tard. « Mais où auraient-ils été, en hiver, quand la colère se serait résorbée et que l’incertitude économique se serait pointée ? »

Pour des séparatistes comme M. Lisée, la colère aiguë des Québécois représentait une opportunité unique - les « conditions gagnantes » - d’engager le Québec sur le chemin de l’indépendance peu importe les lendemains.

Bourassa, lui, n’a pas fait montre de cet opportunisme, qu’on lui reprochait par ailleurs, de gouverner à court terme selon les sondages. Il aura tenu le cap, selon ses convictions. Un fin démocrate, Robert Bourassa...

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