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87 % mon œil !

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Cela a fait la manchette avant d’être repris partout : « Anglais intensif - Appui massif des parents à 87 % ! » Fin du débat : les parents le veulent !

Les Québécois ont ces temps-ci des tendances suicidaires, mais 87 % d’appui à la bilinguisation de la 6e année... Vraiment ? Coup de fil à la Fédération des comités de parents du Québec.

Le supposé 87 % ne résulte pas d’un sondage ou d’une étude. À la dernière réunion du conseil général, les représentants des comités de parents ont simplement voté au sujet de la 6e année bilingue : 48 pour, 7 contre.

C’est cela qui a donné ce 87 % d’appui des parents qu’on a répété toute la semaine.

GROSSIÈRE MANIPULATION

Quelle grossière manipulation de l’information dans un dossier crucial pour l’avenir du français !

De façon plus plausible, le sondage quotidien du Journal révélait mercredi que 60 % des gens seraient pour la 6e année bilingue, 40 % contre.

DE LA FOLIE PURE

Quant à moi, l’appui serait-il de 98 % que je continuerais à penser que la bilinguisation de la 6e année à Montréal est de la folie pure. Un peuple a le droit de se suicider, mais qu’au moins il le fasse lucidement.

Des gens sur le terrain disent non. La CAQ a fait part de ses premières critiques par l’entremise d’Éric Caire. La présidente de la Commission scolaire de Montréal, Diane De Courcy, a annoncé le report d’un an de la bilinguisation de la 6e année, son mandat étant de franciser les étudiants issus de l’immigration et non de les angliciser.

Reste le Québec des régions où il existe un appétit d’anglais chez des parents ayant souffert de leur maitrise insuffisante de cette langue.

Si l’anglais intensif n’y a clairement pas les mêmes conséquences que dans le grand Montréal, il ne faudrait pas se tromper d’époque : à cause d’Internet, la pénétration de l’anglais y est nettement plus importante que pour les gens de la génération de Mario Dumont par exemple.

J’ai donné récemment trois conférences à Mont-Laurier sur mon livre Les Québécois et l’anglais- Le retour du mouton.

Le matin devant des étudiants de secondaire V, le midi pour des cégépiens et universitaires, le soir devant des adultes. L’un de ces derniers me lança : « C’est bien beau, mais, à Mont-Laurier, il n’y en pas d’Anglais ! »

INTERNET

J’ai pu lui répondre : « C’est vrai pour les gens de votre génération, mais un étudiant de Secondaire V m’a dit ce matin qu’à cause d’Internet, il écrivait mieux l’anglais que le français. » À Mont-Laurier !

Généraliser Internet haute vitesse sur tout le territoire sera plus profitable que l’anglais intensif.

Ce dernier répond en partie à un problème dépassé, la bilinguisation des jeunes francophones se faisant de plus en plus toute seule.

N’en déplaise à l’anglomaniaque PLQ...

Les divas

Nous avons droit à des livres sur l’ancien premier ministre Robert Bourassa par deux divas de notre petit monde médiatique qui se sont joyeusement crêpé le chignon cette semaine. Quel dommage que des erreurs de faits dans un ouvrage apparemment bâclé discréditent le livre de Georges-Hébert Germain sur cet être humain de qualité méconnue que fut Bourassa. Quant à Jean-François Lisée, il lui est permis comme à tout le monde de faire des erreurs, comme son entreprise de démolissage en deux tomes de Bourassa dans les années 1990. Il faut être cependant bien prétentieux pour republier soi-même le livre, contre l’avis plus sensé de son éditeur. Si LE livre sur Robert Bourassa reste à venir, rappelons l’ouvrage que le regretté Michel Vastel a consacré en 1991 au père de la Baie-James.

Encore mon œil !

Les idéologues libertariens prétendent s’opposer à un État omniprésent qui ne respecte pas la liberté des gens. Cela n’empêche pas la cofondatrice du Réseau Liberté Québec, Joanne Marcotte, d’applaudir à l’imposition mur à mur par l’État québécois d’une sixième année bilingue, y compris aux enfants des parents qui n’en veulent pas. Quand c’est le temps de faire rentrer l’anglais dans la gorge des Québécois, les libertariens aiment bien l’État et font peu de cas de la liberté des gens.

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