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Culture et médias

Laissez Monsieur Lazhar tranquille !

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Pensez-vous qu’il y aura un jour au Canada une discussion intelligente et équilibrée sur le financement public des arts ? C’est pas demain la veille.

Pour l’instant, c’est toujours les deux extrêmes. La droite castratrice voudrait qu’on ferme complètement le robinet. La gauche dépensière voudrait patauger allègrement dans le bain des subventions. D’un côté la loi de la jungle, de l’autre le gouvernement Père Noël.

On en a encore eu une preuve la semaine dernière. L’animatrice Krista Erickson, de Sun News, a pété les plombs parce qu’elle trouvait que le film Monsieur Lazhar, de Philippe Falardeau, coûtait trop cher aux contribuables.

Il y a vraiment quelque chose d’inélégant à s’attaquer à ce film qui fait notre fierté nationale, à deux semaines de la cérémonie des Oscars qui sera son heure de gloire. C’est ce que les Anglais appellent un cheap shot.

Erickson n’a pas digéré que le film ait reçu 2,35 millions $ de fonds publics sur un budget total de 3,7 millions $. Le hic, c’est que Monsieur Lazhar est un des rares films subventionnés qui a de fortes chances de rentrer dans son argent. En plus d’un succès critique, il connaît un véritable succès au box-office. Alors, si elle cherchait des vrais scandales, Erickson aurait mieux fait de s’en prendre à un film qui a coûté une fortune, mais qui n’a été vu que par trois personnes.

Erickson a demandé aux téléspectateurs d’appeler les producteurs du film, la compagnie micro_scope, pour les engueuler. Voyons donc ! Elle aurait dû au contraire leur demander de féliciter micro_scope d’avoir produit deux années de suite (Incendies en 2011, Monsieur Lazhar en 2012) un film qui se retrouve en nomination aux Oscars.

Au lieu de lancer des pierres aux producteurs qui n’investissent pas leur propre argent, Krista Erickson aurait dû lancer des fleurs à ceux qui le font. L’année dernière, micro_scope avait coproduit Incendies avec Phoebe Greenberg, une mécène montréalaise qui a sorti des millions de sa propre poche pour financer les projets auxquels elle croit.

D’un côté la loi de la jungle, de l’autre le gouvernement Père Noël

INGÉRENCE

Cela dit, ce n’est pas parce qu’Erickson ou certains de ses collègues sont parfois dans le champ qu’il faut les faire taire. Comme disait Voltaire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire. »

J’ai été très inquiète quand j’ai appris que, dans un tout autre dossier, Hubert Lacroix avait écrit aux présidents des CA de Quebecor, de Quebecor Media et de TVA pour que cessent les attaques contre Radio-Canada à Sun News.

Il aurait voulu quoi, exactement ? Que les membres prennent le téléphone et dictent aux journalistes leur ligne de conduite ?

Faut le faire ! Le grand patron de Radio-Canada souhaite que des administrateurs se mêlent de la politique éditoriale d’une salle de presse ! J’ai très hâte de lire ce que la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) pense de ça...

Je peux confirmer à Monsieur Lacroix que dans les entreprises de Quebecor où je travaille à la pige (Journal de Montréal et Journal de Québec, Vox, Publications TVA) aucun patron, dirigeant ou membre du conseil d’administration ne m’a jamais dit et ne me dira jamais quoi penser et quoi dire.

Ça s’appelle une presse libre.

 

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