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Intouchables

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Comme vous avez pu le lire hier dans nos pages, le 31 mai, le Festival TransAmériques et la Place des arts présenteront une pièce controversée de Romeo Castellucci, Sur le concept du visage du fils de Dieu, dans laquelle une dizaine d’enfants lancent des grenades sur une image géante du visage de Jésus.

Cette œuvre, qui a causé un énorme scandale en France, a été décrite comme « blasphématoire » par des groupes catholiques.

LA POLITIQUE DE LA TERREUR

Personnellement, je suis pour la liberté d’expression. Je crois que nous avons le droit (et dans certains cas, le devoir) de critiquer les religions, au risque de choquer leurs adeptes.

Mais je pose une question.

Le Festival TransAmériques et la Place des arts auraient-ils accepté de présenter une œuvre dans laquelle une dizaine d’enfants lancent des grenades sur une image géante du visage de Mahomet ?

La réponse est simple : non. Jamais de la vie.

Et ce, pour deux raisons.

Un : par crainte de représailles (ce qui démontre que dans notre société, plus un groupe menace les gens qui osent le critiquer, plus il se fait respecter).

Et deux : on aurait eu peur de passer pour de méchants islamophobes (ce qui démontre que plus un groupe joue la carte victimaire, plus on prend notre trou, moins on ose le confronter et plus ses membres ont la permission de dire et de faire n’importe quoi).

LE RESPECT À DEUX VITESSES

Ce qui m’amène à poser d’autres questions.

Y aurait-il des « blasphèmes » acceptables et d’autres condamnables ? Pourquoi pourrait-on se moquer du catholicisme, mais pas des autres religions ?

D’un côté, on choisit de ne pas publier les caricatures de Mahomet afin de ne pas offenser « inutilement » les musulmans. De l’autre, on n’hésite pas une seconde à présenter une pièce que certains catholiques jugent insultante.

Pourquoi ? Y aurait-il deux poids, deux mesures ?

Le respect serait-il une notion asymétrique ?

CÉDER À LA MENACE

Il y a quelques mois, quand des terroristes islamistes ont incendié les locaux du journal Charlie Hebdo, j’ai dit que la publication satirique avait fait preuve d’irresponsabilité en publiant un numéro spécial se moquant de l’Islam.

« Les journalistes de Charlie Hebdo savaient qu’ils risquaient d’exciter les barbus en sortant ce numéro, mais ils l’ont fait quand même », déplorai-je.

Suite à cette chronique, plusieurs lecteurs m’ont écrit pour me dire que j’étais dans le champ. « Les Français vivent dans un pays libre, et quand on vit dans un pays libre, on a le droit de rire de tout le monde sans crainte d’être agressé, disaient-ils. Le problème n’est pas Charlie Hebdo. Le problème est les islamistes. »

Vous avez parfaitement raison. Nous ne devons pas céder à la menace. Nous avons tout autant le droit de nous moquer de Mahomet que de Jésus.

Le hic est que lorsqu’on rit de Jésus, les grenouilles de bénitier passent des tracts et alertent les censeurs.

Alors que lorsqu’on se moque de Mahomet, les barbus aiguisent leur couteau.

LE ROUGE ET LE NOIR

Pas étonnant que les artistes ou les programmateurs de festival choisissent la religion sur laquelle ils vont cogner.

Ils préfèrent faire couler de l’encre plutôt que faire couler du sang...

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