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Awèye à maison !

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S’il y a un mot tabou, à notre époque, c’est « identité ». Enfin, pour les Québécois francophones de souche.

Car pour tous les autres groupes, le mot « identité » a le vent dans les voiles. Les gais brandissent haut et fort leur identité, les Arabes, les Chinois, les juifs, les Noirs, les transsexuels, les Hurons, les Italiens...

Mais les Québécois francophones de souche, eux, n’y ont pas droit.

Trop exclusif. Trop fermé.

RETOUR AUX SOURCES

Le mot « identité » est tellement tabou, chez les Québécois francophones de souche, que même le PQ l’a laissé tomber.

On a préféré dire qu’on faisait la souveraineté « pour des raisons économiques » (bonjour la passion), pour défendre

« les valeurs québécoises » (qui sont toujours à gauche, bien entendu) ou pour « s’ouvrir au monde ».

Pas étonnant que l’option souverainiste ait piqué du nez. On l’a complètement vidée de son sens ! On l’a tellement détournée de sa mission première qu’elle ne voulait plus rien dire...

Et si on effectuait un retour aux sources, afin de ressusciter cette idée agonisante ?

C’est ce que propose mon collègue Mathieu Bock-Côté dans Fin de cycle, un ouvrage brillant qui vient de paraître chez Boréal.

S’OUVRIR À NOUS

Pour ce jeune sociologue (qui est à la génération IPad ce qu’Hubert Aquin était à celle du cours classique, comme me l’a dit Jacques Godbout),

« c’est en bonne partie par la question identitaire que la question nationale pourrait se reformuler ».

« Depuis la crise des accommodements raisonnables, laquelle représente un événement politique déterminant dans l’évolution récente de la société québécoise, la question identitaire constitue une préoccupation récurrente dans le débat public. »

Il suffit de se rappeler avec quelle force cette question a propulsé l’ADQ au seuil du pouvoir pour se rendre compte à quel point la majorité francophone du Québec veut entendre à nouveau parler d’identité.

Pourquoi tous les groupes qui forment le Québec moderne auraient le droit de revendiquer haut et fort leur identité, et pas nous ?

Pourquoi aurions-nous honte de parler de NOTRE langue, de NOTRE histoire, de NOTRE patrimoine, de NOTRE mémoire, de NOTRE passé ?

C’est bien beau, s’ouvrir aux « autres », mais les « autres » qui s’établissent ici, ils s’ouvrent à quoi, à qui ?

RÉPONSE À LAFERRIÈRE

« Il faut que le Québec sorte du Québec », a lancé (stupidement) Dany Laferrière à Tout le monde en parle. Pourquoi ?

Demande-t-on à Haïti « de sortir d’Haïti » ? En quoi Victor Lévy Beaulieu serait-il moins pertinent, moins moderne que l’auteur de L’Énigme du retour ?

Pour Bock-Coté, renouer avec ce que nous sommes veut dire célébrer notre passé rural, reconnaître l’importance de la culture catholique dans la construction de notre identité et cesser de dire qu’il ne s’est rien passé au Québec avant la Révolution tranquille.

Après des années passées à nous fuir et à « nous extirper de nous-mêmes », Mathieu Bock-Côté nous invite à « revenir à la maison ». Et à teindre d’un beau bleu azur le débat gauche-droite qui est apparu à l’horizon.

Son invitation est irrésistible, et le parcours idéologique qu’il trace pour nous aider à effectuer ce retour, lumineux.

Qu’attendons-nous ?

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