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Scientologie

Un homme en mission

Un ex-toxicomane consacre sa vie à la fermeture d’un centre de désintoxication lié à la scientologie

Un homme en mission
Photo le journal de montréal, émilie dubreuil David Love (à droite) discute avec Shadow, membre d’Anonymus, un groupe qui combat l’Église de scientologie. Ils sont venus au Parlement à Ottawa rencontrer la sénatrice Céline Hervieux-Payette pour susciter son appui. Depuis, la sénatrice a entrepris des démarches auprès des autorités québécoises concernées.

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David Love arrive au Québec en 2008. Accro à la cocaïne et aux médicaments, il n’a plus le choix : la désintoxication ou la dérive. Il entre donc chez Narconon Trois-Rivières, un centre soi-disant hyper-efficace. Un an plus tard, il en ressort sevré, mais en choc post-traumatique. Depuis trois ans, il multiplie les démarches auprès des autorités pour faire fermer le centre.

« Tout ce que je fais, dit l’homme de 60 ans, c’est de me consacrer à la cause pour éviter que d’autres personnes soient victimes de cette arnaque. J’aide ceux qui en sortent, j’écris des plaintes, je ­rencontre des politiciens. Quand j’aurai atteint mon but, je rentrerai chez moi en Colombie-Britannique. »

Narconon Trois-Rivières affiche un taux de succès ­nettement supérieur à la moyenne, près de 80 %. Le centre de désintoxication attire presque exclusivement des Canadiens-anglais et des Américains.

Love est traité en compagnie d’une soixantaine d’entre eux. Après avoir complété le traitement, il y est engagé comme employé. Ce genre de parcours est d’ailleurs celui d’un bon nombre de gens qui travaillent au centre passant de patients à intervenants.

Chez Narconon, on ne trouve aucun spécialiste diplômé en toxicomanie au sens traditionnel. Psychologues ou médecins sont aussi absents et ce n’est pas la moindre singularité de ce programme qui coûte près de 30 000 $

Le site de la cure résume ainsi le programme de Narconon Trois-Rivières : « offre une démarche complète et naturelle, sans substitution de drogue ni prise de médicament. Son immense succès repose sur la combinaison unique des bienfaits d’une désintoxication biophysique suivie d’une séquence précise de gains exclusifs d’apprentissage acquis grâce aux cours d’amélioration de la vie. »

Engueuler un cendrier

Selon d’anciens patients, au début du traitement, ces derniers doivent engueuler un cendrier ; c’est l’exercice du contrôle. Un autre exercice consiste à fixer le mur pendant de longues heures ou regarder sans ciller un autre patient. Certains doivent éliminer de leurs relations des parents et amis jugés nuisibles par les intervenants. Après cette première phase, il leur est permis de faire le « parcours de purification », qui consiste à passer de cinq à six heures par jour dans un sauna pendant plus de trois semaines.

Quand on entre chez Narconon à Trois-Rivières, un portrait de L. Ron Hubbard, mort en 1986, trône dans le hall d’entrée. L’homme est le fondateur de l’Église de scientologie, il était à la base un auteur de science-fiction.

La cure administrée à Trois-Rivières est basée sur ses écrits. Narconon est d’ailleurs une marque de commerce possédée par une autre entité légale : A.B.L.E dont la mission est, selon leur site Internet, « de débarrasser le monde de ses maladies sociales : tels la drogue, le crime et l’analphabétisme à travers les méthodes élaborées par L. Ron Hubbard. »

Selon l’auteur, les drogues se logent à long terme dans les tissus adipeux du corps. Une demi-vérité : certaines drogues ne se logent que transitoirement dans les graisses. Quoi qu’il en soit, pour que la drogue sorte du corps, selon Hubbard, il faut transpirer, ce qui explique le sauna. Pour aider à la sudation, on leur fait ingurgiter de l’huile végétale ainsi qu’une vitamine appelée niacine en très forte dose ; jusqu’à 5000 milligrammes par jour. La quantité recommandée par Santé Canada est de 500 mg quotidiennement.

Ni Narconon, ni l’Église de scientologie de Montréal n’ont rappelé le Journal.

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